Le gouvernement camerounais a confirmé que le Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) et le Recensement général de l’agriculture et de l’élevage (RGAE), attendus depuis près de dix ans, se tiendront finalement à partir de janvier 2026. Mais à cinq mois du coup d’envoi, le défi sécuritaire reste entier.
Lors d’une réunion interministérielle tenue le 28 août à Yaoundé, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a rappelé la volonté du gouvernement de couvrir l’ensemble du territoire, y compris l’Extrême-Nord, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, trois régions frappées par des crises sécuritaires. Paul Tasong, ministre délégué auprès du Minepat, a assuré que « malgré la crise sécuritaire, les recensements devraient avoir lieu tel que programmé (…) en utilisant des méthodes spécifiques pour des zones à risque ».
Une stratégie toujours floue
Malgré ces assurances, aucune méthodologie concrète n’a été dévoilée pour sécuriser le travail des agents recenseurs et garantir une collecte de données exhaustive. Ce flou nourrit le scepticisme sur la capacité du gouvernement à produire des résultats crédibles dans des zones marquées par les déplacements massifs de populations et l’accès limité des autorités.
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En 2005, ces trois régions totalisaient 5,7 millions d’habitants (soit près du quart du pays). Vingt ans plus tard, leur poids démographique pourrait avoisiner un tiers de la population nationale, aujourd’hui estimée à 28,8 millions d’habitants par le Bucrep. Leur sous-recensement constituerait donc un biais majeur. André Mbairano Dji, coordonnateur national, avait pourtant indiqué dès 2023 qu’une stratégie spécifique serait dévoilée « le moment venu », avec l’appui de partenaires techniques. Mais plus de deux ans après, le plan reste inconnu.
Un recensement fragilisé par les financements
Officiellement lancé en 2015, le 4e RGPH a longtemps buté sur la question du financement. Initialement évalué à 64 milliards FCFA, son budget a finalement été réduit à 13,3 milliards FCFA, sans explication publique. Cette coupe drastique suscite de nouveaux doutes sur le bon déroulement du recensement à l’échelle nationale. Pourtant, l’enjeu est crucial : au-delà du simple décompte, un recensement fiable est un outil de souveraineté qui permet de planifier les politiques d’éducation, de santé, d’infrastructures et de développement.

