Selon le Document de programmation économique et budgétaire (DPEB) 2026-2028, le déficit global du Cameroun s’est creusé à 478,7 milliards FCFA en 2024 (soit 1,5 % du PIB), contre une cible initiale de 0,4 % inscrite dans la loi de finances. Ce niveau marque une dégradation notable par rapport à 2023, où le déficit s’élevait à 0,6 % du PIB. D’après le ministère des Finances, « ce dérapage se justifie tant par le retrait des recettes internes que par le dépassement des dépenses ».
Dans son Rapport sur la situation économique du Cameroun en 2025, la Banque mondiale attribue cette dérive budgétaire à deux facteurs : la faible performance en matière de mobilisation des recettes, et une mauvaise utilisation des économies réalisées grâce à la baisse des subventions aux carburants. « Des résultats moyens en matière de recettes et l'utilisation de l’espace budgétaire libéré par la réduction de ces subventions au profit d’un accroissement des dépenses de biens et services ont provoqué un dérapage budgétaire substantiel en 2024 », alerte l’institution de Bretton Woods.
Selon les chiffres contenus dans le DPEB, le Cameroun a mobilisé 5 075,2 milliards FCFA de recettes et dons en 2024, contre des prévisions de 5 235,1 milliards FCFA, soit un manque à gagner de près de 160 milliards FCFA. Parallèlement, les dépenses se sont élevées à 5 513,7 milliards FCFA en hausse de 8,2 % par rapport à 2023. Cette explosion des dépenses est d’autant plus préoccupante qu’elle survient en dépit des appels récurrents du président de la République à réduire le train de vie de l’État. Le principal poste de dépense en cause reste celui des "biens et services", réalisés à hauteur de 1 349,4 milliards FCFA, alors que la loi de finances prévoyait 914,9 milliards FCFA.
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Sous la pression du Fonds monétaire international (FMI), le Cameroun a pourtant entamé une réforme progressive des subventions aux produits pétroliers, avec des montants réduits de 1 000 milliards FCFA en 2022 à 640 milliards en 2023, puis à 263 milliards en 2024, selon les autorités. Cette trajectoire devait générer une marge budgétaire de 377 milliards FCFA. Mais, selon la Banque mondiale, ces ressources n'ont pas été réorientées vers les secteurs prioritaires comme attendu.
Le FMI, dans sa troisième revue du Programme économique et financier soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC) et le Mécanisme élargi de crédit (MEDC), indiquait déjà en janvier 2023 que « les coûteuses subventions aux produits pétroliers sont mal ciblées en ce qui concerne les couches vulnérables, et ont un effet d’éviction sur les dépenses prioritaires. À titre d’illustration, les subventions aux prix des produits pétroliers représentent six fois le budget alloué à l’agriculture, quatre fois celui de la santé et plus de trois fois celui de l’énergie et de l’eau. »
Le FMI recommandait alors que toute réforme des subventions soit accompagnée de dispositifs sociaux ciblés, notamment des transferts monétaires pour compenser l’impact sur les populations les plus vulnérables. Ce rééquilibrage budgétaire peine toutefois à se traduire dans les politiques publiques camerounaises.
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