La transformation économique de l’Afrique centrale reste confrontée à un obstacle majeur : la difficulté des entreprises à accéder aux ressources nécessaires à leur développement. Alors que la croissance sous-régionale est passée de 4,6 % en 2024 à 3,6 % en 2025, la Commission économique des nations unies pour l’Afrique (CEA), bureau de l’Afrique centrale appelle à accélérer les réformes susceptibles de renforcer le secteur productif. Parmi les priorités figure l’amélioration du financement des entreprises, particulièrement des petites structures.
Lors de la 42ᵉ session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts de l’Afrique centrale, tenue à Yaoundé du 13 au 15 octobre 2026, l’institution relève que l’accès au crédit demeure limité dans la sous-région. En 2025, à l’exception du Burundi, aucun pays de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) n’a dépassé 20 % du produit intérieur brut (PIB) en crédit au secteur privé, selon la CEA.
Au Cameroun, le crédit au secteur privé représentait 16,6 % du PIB en 2025, contre 15,9 % en 2024. La CEA situe la moyenne mondiale du crédit au secteur privé, estimée à 140,3 % du PIB.
Cette progression de 0,7 point de pourcentage traduit une amélioration, mais le niveau demeure limité au regard des besoins de financement de l’économie. « Cette situation affecte particulièrement les PME, qui rencontrent d’importantes difficultés d’accès aux financements à moyen et long termes nécessaires à leur modernisation, à leur transformation technologique et à leur expansion sur les marchés régionaux et internationaux », relève l’institution dans son rapport.
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La CEA recommande de renforcer les mécanismes de garantie et de partage des risques, de moderniser les systèmes d’informations sur le crédit et de développer des instruments financiers adaptés aux besoins des micro, petites et moyennes entreprises. L’objectif étant de réduire les obstacles à l’accès aux ressources financières et de permettre aux entreprises d’investir davantage. Cette orientation concerne directement le Cameroun, où les MPME représentaient 99,8 % des 444 302 entreprises recensées en 2024, selon les données reprises dans le rapport. Près de 80 % d’entre elles étaient de très petites entreprises.
« Cette session du CIE vise à accompagner nos Etats à prioriser les réformes nécessaires et surtout renforcer leur exécution, leur coordination, suivi et appropriation par le secteur privé. En effet, dans un environnement plus prévisible et plus incitatif, les entreprises peuvent accroître l’investissement productif, transformer localement les ressources naturelles, développer l’innovation, créer des emplois, renforcer les chaînes de valeur régionale et tirer parti des opportunités de la ZLECAf », indique Jean-Luc Mastaki Namegabe, directeur du Bureau sous-régional pour l'Afrique centrale de la CEA
Emplois productifs
L’enjeu dépasse le seul accès au crédit. La CEA estime que les réformes doivent contribuer à transformer les structures économiques de la sous-région encore fortement dépendantes des industries extractives. Celles-ci représentent environ 75 % des exportations totales de la CEMAC, selon le rapport thématique. « Cette croissance issue de l'extractif est volatile, dépendante des cours mondiaux et peu créatrice d'emplois directs. Le tissu économique local est constitué à plus de 97 % de très petites entreprises concentrées dans les services à faible productivité », souligne Jean-Luc Mastaki.
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La situation sociale renforce l’urgence de ces mesures. Selon le diagnostic macroéconomique présenté lors de la même session, 87 % des emplois en Afrique centrale relèvent de l’informalité. Pour la CEA, le développement d’un secteur productif plus dynamique doit contribuer à créer des activités plus pérennes et à élargir progressivement l’emploi formel. La contrainte budgétaire complique cependant la réponse des États. Le déficit budgétaire sous-régional s’est creusé à 3,3 % du PIB en 2025, contre 1,4 % en 2024, tandis que les charges d’intérêts de la dette réduisent les marges disponibles pour financer les infrastructures et les services publics.







