Au Cameroun, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a annoncé, lors d’un voyage de presse organisé le 13 octobre 2025 à Kousséri, que les récoltes issues de son projet de résilience climatique pourraient atteindre plus de 110 000 tonnes de produits agricoles dans le département du Logone-et-Chari. « Les communautés accompagnées par la FAO montrent qu’avec des solutions adaptées, il est possible de renforcer la sécurité alimentaire même dans des zones exposées aux extrêmes climatiques », a déclaré un représentant de l’agence onusienne. Le projet, financé à hauteur de 600 000 dollars (environ 367 millions FCFA) par le Fonds central d’intervention d’urgence – fenêtre climat, arrive à son terme en novembre prochain.
Ce programme pilote, mis en œuvre depuis décembre 2024, vise à renforcer la résilience des communautés agropastorales et de pêcheurs affectés par les aléas climatiques dans la région de l’Extrême-Nord. D’après la FAO, l’intervention repose sur une approche intégrée combinant formation, distribution d’intrants agricoles, relance de l’élevage et de la pisciculture, ainsi que des actions anticipatoires contre les risques d’inondation. « À ce jour, 1 890 ménages, dont 65 % dirigés par des femmes, ont bénéficié d’un appui direct via la fourniture de semences, d’engrais, d’alevins, de volailles et d’équipements agricoles », précise un rapport de l’institution.
Les premiers résultats sont encourageants : la FAO estime une production de 110 500 tonnes de produits maraîchers sur 637 hectares, 656 tonnes de vivriers sur 562 hectares, plus de 40 tonnes de poissons et environ 4,5 tonnes de viande de poulet. Ces rendements devraient générer un revenu moyen de 1 000 à 5 400 dollars (environ 610 000 à 3,3 millions FCFA) selon les filières, contribuant à améliorer la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des ménages vulnérables. Mais malgré ces avancées, la crainte d’un nouvel épisode d’inondations reste vive dans cette zone frontalière du Cameroun, souvent submergée lors des crues du Logone.
« Nous avons pu redémarrer nos champs, nos poulaillers et nos étangs, mais si les pluies reviennent comme l’an dernier, nous perdrons tout », confie Mariam, bénéficiaire du projet dans un site agricole de Kousséri. En 2024, les inondations avaient touché 459 000 personnes, détruit 56 000 habitations et submergé 85 000 hectares de terres cultivables, entraînant la perte de 5 510 têtes de bétail. Ces catastrophes, devenues quasi cycliques, fragilisent les efforts de relance et rappellent la nécessité d’un accompagnement durable pour prévenir les crises.
Le projet "Réponse d'urgence pour l'amélioration de la sécurité alimentaire des personnes vulnérables affectées par les inondations dans le département du Logone et Chari au Cameroun" (Cerf), mené en partenariat avec l’ONG Saheli et les autorités locales, s’inscrit dans une stratégie à long terme de la FAO visant à capitaliser sur les expériences réussies de résilience climatique dans le bassin du Lac Tchad. L’agence espère que les leçons tirées de cette initiative pilote permettront de répliquer le modèle dans d’autres zones vulnérables du Cameroun et d’intégrer davantage les mesures d’anticipation dans les politiques nationales de gestion des risques climatiques.
Lire aussi : La FAO et le FEICOM font front commun pour lutter contre l’insécurité alimentaire

