Le gouvernement camerounais vient de présenter au Parlement son Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEB) 2026–2028, qui prévoit une baisse progressive des transferts et subventions. Ceux-ci passeraient de 931,8 milliards FCFA en 2025 à 918,1 milliards FCFA en 2026, soit une diminution de 13,7 milliards FCFA (-1,5 %). Cette réduction s’appuie principalement sur l’élimination progressive de la subvention des prix des hydrocarbures, rendue possible par une projection à la baisse du prix du baril, estimé à 62,38 dollars en 2026. Celà s’inscrit dans la continuité de la politique gouvernementale amorcée il ya quelques années sur suggestion du FMI. La subvention est, en effet, passée de 1 000 milliards FCFA en 2022 à 640 milliards en 2023, puis à 263 milliards FCFA en 2024, accompagnée d’une hausse des prix à la pompe en février 2023 puis février 2024.
Yaoundé rassure
Pour 2025, la loi de finances prévoit une subvention résiduelle de seulement 15 milliards FCFA, soit une baisse de 94 %. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a expliqué que cette diminution est liée à la baisse du prix du baril, qui réduit automatiquement l’écart à combler entre le coût d’importation et le prix à la pompe. « Lorsqu’il n’y a plus d’écart, l’État n’a plus besoin de subventionner », a-t-il déclaré en décembre 2024.
Un autre risque repose sur le fait que, les pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), déjà fragilisés par les répercussions de la guerre russo-ukrainienne depuis 2022, pourraient être rattrapés par un impact des tensions survenus entre Israël et l'Iran, et notamment la menace de fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du commerce mondial d'hydrocarbures et fait craindre une pénurie à la pompe. Toutefois, face aux députés à l’Assemblée nationale le 30 juin 2025, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a tenu à rassurer. « Malgré une augmentation de 15 % à 17 % du prix du baril sur le marché international, les raffineries de l’Iran n’ont pas été touchées. Le prix à la pompe reste donc stable au Cameroun », a-t-il déclaré, selon le rapport officiel de son audition.
La baisse continue des prix du baril de pétrole à l’international soulage certes les États en matière de subvention des prix à la pompe, mais cette situation impacte négativement la mobilisation des recettes pétrolières. Dans sa loi de finances rectificative en préparation, le Cameroun prévoit de réviser ses objectifs à la baisse en raison du cours mondial du baril de pétrole, qui baisse à 66,94 dollars contre 72,84 dollars initialement prévus.
Réduire la dépendance aux importations
Les aléas du marché international imposent donc au Cameroun de prendre des mesures fortes pour réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers. La plus cruciale, appelée de tous les vœux par des institutions telles que la BEAC et le FMI, est la réhabilitation de la Société nationale de raffinage (Sonara). Victime d'un violent incendie depuis fin mai 2019, l'unique raffinerie du pays permettrait de raffiner le pétrole brut sur place pour produire l’essence, le diesel, le kérosène et les huiles lubrifiantes. D’autres pistes envisagées portent sur une coopération énergétique renforcée avec le Nigeria, voisin disposant de plusieurs raffineries. Le Cameroun pourrait importer des produits pétroliers raffinés depuis ce pays ou encore établir des partenariats bilatéraux dans la production, le raffinage ou la construction d’infrastructures comme des pipelines ou des raffineries conjointes.
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