Les administrateurs de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) ont rendez-vous le 24 juillet pour désigner un nouvel Administrateur Directeur Général (ADG). Une invitation qui leur a été adressée le 17 juillet par le président du Conseil d’administration de l'entreprise, Ferdinand Ngoh Ngoh. Le jour même où la précédente session extraordinaire consacrée au sujet n’a pu se tenir. Le couple Moudiki, emmené par Nathalie, ayant barricadé le siège de l’entreprise pour empêcher sa tenue.
Cette fois, le PCA a pris deux précautions. La réunion se tiendra à la Présidence de la République où il occupe le poste de Secrétaire Général, et l’invitation envoyée aux administrateurs porte l’en-tête de cette administration. Des « vices de forme » que l’on relève dans l’entourage d’Adolphe Moudiki, 85 ans, absent de son bureau depuis de longs mois à cause de son état de santé. Samedi, le dirigeant s’est envolé pour la France pour un contrôle médical.
Pour preuve, un Conseil d’administration ordinaire s’est tenu par consultation il y a quelques semaines, pour tenir compte de l’état de l’ADG. Une réunion pas du tout au goût du PCA qui voulait sa tenue à un endroit précis et l’a souverainement boycottée. Il en résulte que les résolutions prises, parmi lesquelles certaines nominations, restent bloquées au palais de l’unité. Avant le rebondissement du milieu de la semaine dernière.
Ce qui donne l’opportunité au conseiller N°2, Igor Soya Bissaya, de tenir la boutique en l’absence du boss. Ce cadre de la SNH, produit de l’écurie de Nathalie Moudiki, a vu son pouvoir récemment renforcé par Adolphe Moudiki. « En cas d’empêchement de l’Administrateur-Directeur Général, le conseiller N°2 assure son intérim pour une durée maximale de trois (3) mois », indique une note de service signé le 4 mars par l’ADG et lui conférant des « attributions ». Le nouvel « homme fort » de la SNH est devenu le favori au remplacement de son patron si le scénario d’une succession en interne gagne en épaisseur. Ce diplômé en contentieux des affaires de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne a débuté à la SNH comme chargé d’études assistant à la division juridique que dirige en ce moment sa marraine. Le natif du Mbam et Inoubou gravira les marches en étant tour à tour chef de la cellule du conseil juridique et du contentieux, directeur adjoint à la division juridique sur laquelle règne Nathalie Moudiki depuis des années, et chef de la cellule des marchés avec rang de directeur.
« Moudiki Boys »
Dans cette course à la succession, Igor Soya Bissaya est en concurrence avec Maurice Matanga. Ce vieux de la vieille, depuis les départs du regretté Bernard Bayiha et de Jean-Jacques Koum, est pratiquement le dernier des dinosaures encore en activité de l’ère Moudiki. Il en a profité pour accroitre son capital sympathie auprès de Nathalie Moudiki et, subséquemment, de son époux. Directeur de la stratégie du développement, il cumule près de 40 ans d’expérience dans la maison et préside, depuis 2015, le Conseil d'administration de Chanas S.A, une compagnie d’assurance au sein de laquelle la SNH détient la majorité des parts. Titulaire de plusieurs diplômes dont celui de l'Ecole centrale de Paris et d'un 3ème cycle en économie de l'énergie de l’Université Paris Dauphine, Maurice Matanga aura été tour à tour directeur adjoint du budget et du contrôle, chef du secrétariat permanent du projet pipeline Tchad-Cameroun, chargé d'études à la SNH, et chef de service d'études de projets.
Le directeur général de Tradex est également en embuscade. Originaire du Mayo-Kani, dans la région de l’Extrême-Nord, Simon Paley dirige cette filiale détenue à 54% par la SNH depuis plus de quatre ans et figure parmi les « Moudiki Boys ». Cet ingénieur pétrochimiste, détenteur d'un doctorat en sciences, intègre l’entreprise publique le 15 octobre 1986 et devient, en 1993, le chef du service de la commercialisation du brut. Six ans plus tard, il est nommé responsable du Trading, un poste qu’il va cumuler avec celui de directeur commercial à sa nomination en 2003. Il y aura passé 16 ans.
Affaire Glencore
Cependant, l’affaire Glencore dans laquelle sont compromis des cadres de la SNH et qui aura des conséquences judiciaires, avec l’accord de Paul Biya pour l’ouverture d’une enquête judiciaire, pourrait ruiner l’option d’une promotion interne. C’est la raison pour laquelle le choix d’une personnalité en dehors de la SNH gagne en épaisseur. Et quelques possibilités émergent.
Prédécesseur de Simon Paley à Tradex, Jean Perrial Nyodog prendrait ainsi sa revanche en succédant à un Adolphe Moudiki qui l’avait mis sur la touche en 2019 pour « rupture de confiance ». Cadre du Rdpc dans son Pouma natal, ce pur produit de l’Ecole nationale supérieure polytechnique de Yaoundé participe en ce moment à la restructuration du groupe Gulfin-Camship (Gulfcam), spécialisé dans le cabotage dans le golfe de Guinée et la distribution des produits pétroliers au Cameroun. Un pied à la fois dans les affaires et la politique qui lui offre le moyen de rester dans le viseur de Ferdinand Ngoh Ngoh.
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« Ngoh Ngoh Boy » par excellence, Jean-Claude Ayem Moger suit avec attention les soubresauts à la SNH et se tient prêt à en prendre le contrôle, avec la bénédiction de son mentor. Egalement pressenti à la Société nationale d’investissement (SNI) remodelée, le conseiller technique au secrétariat général de la présidence de la République est de tous les dossiers économiques du pays, à l’instar des task force créées pour le Covid et la CAN. Cet universitaire, qui se considère comme un disciple de l’économiste français Edmond Malinvaud, siège aussi au Conseil d’administration de certaines entreprises (Sonamines, Camair, Caisse des dépôts et consignations, NHPC) qui comptent.
Unique anglophone de la galerie, Elung Paul Che n’est pas en reste. Ancien ministre délégué auprès du ministre des Finances passé par le poste de directeur général du Trésor et de la coopération financière et monétaire dans le département ministériel éponyme, l'homme occupe actuellement le poste de Secrétaire Général adjoint de la présidence de la République. Cet inspecteur du trésor, sorti de l’Enam, et ancien protégé d’Ephraïm Inoni a déjà été directeur général de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH) entre avril 2013 et le 02 mai 2015, date de son entrée au poste qu'il occupe actuellement. Outre son expérience en tant régulateur de l’aval pétrolier, le natif du Sud-Ouest, région où est concentrée une partie des réserves en hydrocarbures du pays, serait un atout pour Paul Biya s’il souhaite envoyer un signal positif à la communauté anglophone. Le tout étant de savoir si son patron, Ferdinand Ngoh Ngoh, avec qui les relations ne sont pas au beau fixe, peut peser contre une telle éventualité.

