Au Cameroun, l'explosion des dépenses liées aux allocations familiales a déclenché une vaste opération de contrôle de l'État. Réuni le 3 juin 2026 à Yaoundé, le comité chargé d'auditer ce dispositif a révélé une hausse de 55 % du nombre d'enfants déclarés par les agents publics en moins de deux ans. Selon les données présentées, le fichier de la Solde est passé de 594 728 enfants bénéficiaires en juin 2024 à 923 307 en mars 2026, pour seulement 176 222 agents percevant des allocations familiales.
Lire aussi : Assainissement du fichier solde de l’Etat : le Cameroun réalise une économie de 13 milliards de Fcfa en 2024
Cette progression a entraîné une envolée de la facture supportée par l'État. « Les récentes analyses de la base de données de la Solde ont révélé des trajectoires statistiques anormales et hautement préoccupantes », indique une source proche du comité de pilotage. En quelques années, l'enveloppe consacrée aux allocations familiales est passée de 21 milliards à 38 milliards FCFA par an, soit une hausse de 81 %. L'État débourse désormais près de 3,2 milliards FCFA chaque mois contre 1,7 milliard avant la revalorisation des allocations intervenue en février 2024.
À l'origine des soupçons figurent de nombreuses anomalies détectées dans les déclarations des agents publics. D'après des chiffres consultés par EcoMatin, 19 191 agents ont déclaré au moins dix enfants à charge. Le fichier recense également 93 312 cas de jumeaux, 6 107 triplés, 1 554 quadruplés, 330 quintuplés et même 148 sextuplés, des niveaux jugés suffisamment atypiques pour justifier une vérification approfondie. Les autorités évoquent également des cas de doublons, de déclarations simultanées par plusieurs parents et de possibles enfants fictifs.
Lire aussi : Fonction publique : Paul Biya officialise la hausse des salaires de 5% au Cameroun
Face à cette situation, le gouvernement entend passer au crible plus de 923 000 actes de naissance afin d'identifier les bénéficiaires légitimes et d'écarter les dossiers frauduleux. L'opération, qui se déroulera entre le 25 juin et le 15 août 2026, vise également à sécuriser durablement le système de gestion de la solde publique et à récupérer les sommes indûment versées.
Les soupçons de perception des allocations par des agents publics indus éclatent alors que la phase de contentieux de l’opération de comptage physique des personnels de l'Etat, lancée en 2018, n'a toujours pas livré sa copie définitive. Dans sa circulaire relative à la préparation du budget de l’Etat pour 2025, le président de la République Paul Biya avait pourtant instruit la finalisation de cette opération gouvernementale « par la sortie définitive du fichier solde de l’État de tous les agents publics définitivement reconnus absents et suspendus à cet effet » au cours de l’année.
Lire aussi : Fichier solde de l’Etat: près de 30 milliards à économiser à travers l’opération de radiation des salariés fraudeurs

