Le gouvernement camerounais relance l'idée de la construction du Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé (CIAK), dans le département du Mayo-Kani, région de l'Extrême-Nord, annoncé il y a 12 ans. En effet, dans un communiqué rendu public le 8 octobre 2026, le ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (Minmidt) par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry, indique que « le gouvernement de la République du Cameroun recherche des partenaires techniques et financiers (entreprises, groupements d’entreprises, consortiums, investisseurs institutionnels, fonds d’investissements, etc.) pour la réalisation et l'exploitation » de cette infrastructure, appelée à transformer le secteur agropastoral de la région.
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Le Minmidt évalue ce projet à 23,2 milliards FCFA. Cette enveloppe doit couvrir « les aménagements et constructions, les équipements et les lignes de transformation, ainsi que le fonds de roulement et de démarrage ». À ce stade, le mode de financement qui sera privilégié n'est pas encore connu. Toutefois, la recherche de partenaires techniques et financiers laisse présager un financement privé ou un partenariat public-privé (PPP), dans lequel l'investisseur finance, construit et exploite l'ouvrage, éventuellement avec une contrepartie de l'État.
De source officielle, le projet vise à produire chaque année 30 000 tonnes de sorgho, 15 000 tonnes de maïs, 20 000 tonnes d'oignons et 8 000 tonnes de viandes bovines et de petits ruminants. Les besoins du Cameroun pour ces produits sont réels. Le sorgho, en particulier, est recherché pour la consommation alimentaire des populations du Septentrion (Adamaoua, Nord et Extrême-Nord) et par les industriels de l'agroalimentaire, notamment les brasseries. Boissons du Cameroun, filiale du groupe Castel, s'était fixé pour 2025 un objectif de collecte de 12 000 tonnes de sorgho local, contre 8 000 tonnes en 2024, ce qui devait couvrir environ 90 % de sa demande annuelle. Les besoins de Guinness Cameroun ont, par le passé, été évalués à environ 10 000 tonnes par an.
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En matière de viande, les derniers bilans du ministère de l’Élevage (MINEPIA) évaluent la production nationale entre 173 000 et 244 000 tonnes par an, au gré des aléas climatiques et sanitaires. Une offre insuffisante : selon la FAO, le Cameroun dépend à près de 40 % des importations de bétail vif en provenance du Tchad et de la RCA, rendant les grands centres urbains (Yaoundé, Douala) vulnérables à la moindre crispation aux frontières.
Côté maraîchage, la production nationale d’oignons oscille entre 120 000 et 310 000 tonnes selon les saisons, l’Extrême-Nord et le Nord concentrant l'essentiel des volumes. Une part majeure de cette récolte est acheminée vers le grand Sud ou exportée vers les pays voisins (Gabon, Guinée équatoriale, République du Congo). C'est précisément dans ce paysage que s'inscrit le Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé qui pourrait juguler les pénuries saisonnières et de redynamiser une économie locale fragilisée, en proie aux défis sécuritaires depuis la résurgence des incursions de Boko Haram.
Un vieux projet
Rappelons que le projet de complexe industriel agroalimentaire de Kaélé n'est pas nouveau. Il avait été évoqué en janvier 2014 par Pierre Hélé, alors ministre de l'Environnement et élite du département du Mayo-Kani, dont Kaélé est le chef-lieu, dans une interview accordée au journal L'Œil du Sahel. Il présentait déjà ce complexe, alors en gestation, comme devant être « une entreprise majeure qui dépassera la structure actuelle de la Sodecoton ».
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Trois mois plus tard, Emmanuel Bondé, alors ministre des Mines, lançait quatre appels à manifestation d'intérêt, notamment pour la réalisation des études géotechnique et architecturale. En avril 2023, l’actuel ministre des Mines a, à son tour lancé un appel à manifestation d'intérêt pour la préqualification de cabinets d'études devant participer à l'appel d'offres national restreint relatif au recrutement d'un consultant, chargé de rechercher un investisseur pour le financement, la construction, l'équipement et l'exploitation du même projet.














