Le groupe camerounais Nasco, contrôlé par l'homme d'affaires Nassourou Issa, a mandaté Société Générale Central Africa Securities (SG CAS), la banque d'affaires de General Bank of Cameroon (ex-Société Générale Cameroun), pour structurer un financement syndiqué de 100 millions de dollars (près de 58 milliards de FCFA) destiné à la construction d'une raffinerie de sucre à Kribi, a révélé son promoteur à Bloomberg. CCA-Bank participera également au montage de cette opération, qui figure parmi les plus importants investissements privés annoncés ces dernières années dans l'industrie agroalimentaire camerounaise.
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Selon des sources proches du dossier, cette première levée de fonds financera essentiellement la construction de la raffinerie, dont la mise en service est prévue en 2028. Dans un second temps, le groupe prévoit de mobiliser 47 millions de dollars supplémentaires (environ 27 milliards de FCFA) afin de développer des plantations de canne à sucre destinées à sécuriser l'approvisionnement en matière première. Cette seconde phase devrait intervenir environ quatre ans après l'entrée en activité de l'usine. Des discussions sont également en cours avec plusieurs institutions financières, dont Afreximbank, en vue d'élargir le pool de prêteurs.
Le site de 20 hectares destiné à accueillir Nasco Sugar Refinery, filiale du groupe, est déjà aménagé dans la zone industrialo-portuaire de Kribi. L'usine ambitionne de produire 300 000 tonnes de sucre par an à l'horizon 2028. Alimenté en gaz fourni par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), le complexe intégrera une turbine de 10 MW afin de sécuriser une partie de ses besoins énergétiques. Une convention a par ailleurs été signée avec l'Agence de promotion des investissements (API), permettant au projet de bénéficier d'avantages fiscaux et douaniers. Plus de 1 000 emplois directs et indirects sont attendus.
« Notre stratégie consiste à développer les capacités industrielles du Cameroun afin de réduire sa dépendance aux importations », a déclaré Nassourou Issa à Bloomberg.
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L'investissement intervient à un moment charnière pour le secteur sucrier camerounais. Somdia, la branche agro-industrielle du groupe Castel, a récemment annoncé son intention de céder sa participation majoritaire de 88,36 % dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), jusqu'ici seul producteur industriel de sucre du pays. Dans le même temps, la production nationale, comprise entre 120 000 et 160 000 tonnes par an, reste insuffisante pour satisfaire une demande estimée autour de 300 000 tonnes, obligeant régulièrement les pouvoirs publics à autoriser des importations.
Les statistiques de l'Institut national de la statistique (INS) illustrent cette dépendance. En 2025, le Cameroun a importé 208 443 tonnes de sucre raffiné de canne ou de betterave pour une valeur de 69,3 milliards de FCFA. Si Nasco atteint son objectif de production, le groupe pourrait couvrir à lui seul l'essentiel des besoins du marché national, réduire fortement les importations et redistribuer les cartes d'un secteur historiquement dominé par Sosucam.
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Au-delà du marché camerounais, le groupe entend faire de Kribi une plateforme régionale d'approvisionnement, avec des perspectives d'exportation vers les pays voisins, notamment le Tchad.
Ce projet s'inscrit dans la stratégie de diversification engagée par Nasco ces dernières années. En 2022, sa filiale Société de raffinage du Cameroun (Sorac) a investi près de 50 millions de dollars dans une raffinerie d'huile de palme et une usine de savon à Douala. Selon Nassourou Issa, cette unité est désormais pleinement opérationnelle. Elle produit environ 120 000 tonnes d'huile de palme par an et génère un chiffre d'affaires annuel d'environ 130 millions de dollars, dont une partie sera réinvestie dans la future sucrerie.
À terme, le projet représente un investissement global de 147 millions de dollars (près de 85 milliards de FCFA) si la seconde phase consacrée au développement des plantations est effectivement mise en œuvre.

