Le Cameroun, le Nigeria et le Bénin veulent faciliter les échanges commerciaux en reliant leurs systèmes informatiques douaniers. Ce projet a été au centre d’une réunion tenue le 12 octobre 2026 au siège de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), au Caire, en Égypte. Selon un communiqué du Service des douanes du Nigeria (NCS) publié le 18 octobre, les trois administrations ont examiné, avec la banque et des partenaires techniques, les résultats d’évaluations menées sur deux axes prioritaires : Mfum-Ekok, à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria, et Sèmè-Kraké, entre le Nigeria et le Bénin. L’initiative vise à « renforcer la facilitation des échanges, améliorer l’efficacité transfrontalière et faire progresser les objectifs de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) ».
Concrètement, le Système d’échange de déclarations douanières (CDES) est un mécanisme conçu pour connecter la plateforme B’Odogwu du Nigeria, la douane Webb du Bénin et le Système d’information douanière du Cameroun (CAMCIS). Il repose sur un modèle de données commun, destiné à améliorer le partage d’informations et à accélérer le traitement transfrontalier, « permettant ainsi aux informations d’exportation générées dans un pays de soutenir la préparation anticipée des documents d’importation dans le pays de réception ». Les données d’une cargaison pourraient ainsi être transmises avant son arrivée à la frontière, ce qui rendrait les opérations plus prévisibles pour les importateurs, les exportateurs et les transporteurs. « Cependant, l’administration douanière du pays récepteur conserverait la responsabilité de valider les informations, d’appliquer les réglementations nationales, de réaliser des évaluations des risques et d’autoriser le dédouanement des cargaisons », précise le Service des douanes du Nigeria.
Cette solution est une réponse à des procédures complexes, identifiées sur les corridors concernés. Elle représente un des aspects phares du vaste programme intégré de modernisation des frontières régionales pensé par le Nigéria, le Cameroun et le Bénin. Les interventions prioritaires veulent corriger bien plus que les procédures. À Mfum-Ekok (Cameroun-Nigéria), l'évaluation a identifié des lacunes en matière d'alimentation électrique fiable, de connectivité, d'équipements informatiques, de cybersécurité, de support technique, de mise en service des scanners et de traitement coordonné en guichet unique. À Sèmè-Kraké (Nigéria-Bénin), les principaux défis comprenaient des procédures conjointes et un échange de données en temps réel incomplets, des installations de scan et de pesage de fret non fonctionnelles, une électricité peu fiable, des embouteillages, des horaires d'ouverture incohérents et des responsabilités non résolues pour la maintenance des infrastructures partagées.
Echanges commerciaux à la traine
En réponse à ce diagnostic, le programme associe plusieurs volets : modernisation de l’infrastructure numérique, harmonisation des procédures douanières et renforcement des capacités institutionnelles. Il prévoit des investissements dans les scanners de fret, les ponts-bascules, les voies d’accès, l’électricité, la connectivité, la gestion du trafic et des installations modernes de traitement frontalier. L’enjeu commercial est important. Selon le National Bureau of Statistics (NBS), l’institut public nigérian de statistique, les échanges entre le Nigeria et le Cameroun étaient estimés à 266 309 millions de nairas (près de 117 milliards FCFA) au deuxième trimestre 2026, contre 114 635 millions de nairas (plus de 50 milliards FCFA) avec le Bénin.
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Côté camerounais, l’Institut national de la statistique (INS) indique qu’en 2024, le Nigeria son voien, était le 8ᵉ fournisseur du pays à l’échelle mondiale, et le premier à l’échelle africaine. Il représentait 3 % des importations globales, soit 149,8 milliards FCFA sur 4 999,4 milliards. En revanche, il ne figure pas parmi les dix premiers clients du Cameroun, ce qui suggère que ces échanges profitent davantage à Abuja qu’à Yaoundé.
L’INS nuance toutefois ce constat : les importations enregistrées pourraient ne pas refléter le niveau réel des échanges, « principalement en raison de la porosité des frontières qui engendre des échanges transfrontaliers non enregistrés dans les statistiques douanières ». D’où l’intérêt du projet d’interconnexion présenté plus haut.













