Entre le 30 avril et le 8 mai 2025, les équipes du Fonds monétaire international ont séjourné au Cameroun dans le cadre de la 8ème et dernière revue des programmes appuyés par la Facilité élargie de crédit et le Mécanisme élargi de crédit d’une part (FEC-MEDC), et la 3ème revue du programme appuyé par la Facilité de résilience et de durabilité (FRD). Installée dans la salle des réunions du secrétariat général du ministère camerounais des Finances, l’équipe conduite par Cemile Sancak, a passé au peigne fin, à l’abri des regards, les performances des programme FEC-MEDC et FRD, et procédé à l’évaluation de l’évolution récente et des perspectives de l’économie camerounaise. Etaient également scrutés à la loupe, la politique budgétaire, la stratégie d’endettement à moyen terme, la gestion des finances publiques et la soutenabilité de la dette.
Les participants à ces travaux, approchés, se sont montré peu diserts sur le contenu des échanges. Mais, des sources proches des travaux indiquent que de sérieuses inquiétudes pèsent sur le destin des appuis budgétaires attendus non seulement du FMI mais également de la communauté des partenaires techniques et financiers du programme.
Dérogations en ballotage
De fait, souffle un haut fonctionnaire introduit, la revue qui vient de s’achever ne s’est pas déroulée sous de bons auspices pour le Cameroun en raison des inquiétudes exprimées par le FMI au sujet de l’atteinte des objectifs structurels et quantitatifs. Car, pour qu’un dossier soit validé par le Conseil d’administration, celui-ci doit satisfaire une frange des critères : soit quantitatifs, soit structurels. Et jusqu’ici, c’est dans le domaine des critères quantitatifs où l’on retrouve l’élargissement de l’assiette fiscale, l’optimisation de la mobilisation des ressources internes, la réduction du déficit budgétaire, etc., que le pays s’est toujours illustré. Ce qui a souvent valu aux autorités des félicitations de cette institution. « Et à chaque fois, le dossier du Cameroun est validé sous réserve de l’atteinte de certains objectifs structurels parmi lesquels, des réformes dans nombre de secteurs », indique sous anonymat un haut cadre de la direction générale du Budget.
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A titre d’illustration, rapport un communiqué de fin de mission lors de l’achèvement de la 5ème revue des accords avec le FMI en décembre 2023, « le conseil d’administration a approuvé la dérogation pour non-observation du critère de réalisation relatif à la non-accumulation de nouveaux arriérés de paiement extérieurs, le dépassement ayant été temporaire et modeste ». Le Fonds avait justifié cette dérogation par « la prolongation de 12 mois des accords FEC et MEDC (du 28 juillet 2024 au 28 juillet 2025) » ; ce qui allait permettre « de disposer de plus de temps pour mettre en œuvre les politiques et les réformes prévues dans les accords ».
Peur sur les décaissements
En raison de la non-atteinte des critères sur l’informatisation de l’état-civil et de la loi sur la fiscalité locale, l’on indique à la direction de la Prévision du ministère des Finances que le Cameroun avait dû faire une croix sur des appuis budgétaires de plus de 300 milliards de FCFA, devant être décaissés par plusieurs partenaires au programme en 2024. Cette fois, il se trouve que le Cameroun soit en retard sur les deux critères quantitatifs et structurels sur la base des éléments d’appréciation dont disposait le FMI avant la venue de la mission au Cameroun. « Nous avons discuté de la performance du programme jusqu’aujourd’hui et des réformes qui restent pour achever la 8ème revue. Il y en a quatre : elles concernent le secteur privé qui a besoin d’un bon environnement des affaires pour son développement ; les finances publiques, les entreprises publiques et le secteur financier », indique Cemile Sancak, chef de mission du FMI au terme de la restitution à la Primature.
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Pour une source introduite durant les travaux, « c’était la confrontation entre les données dont dispose le Cameroun et celles du FMI. Et c’est sur la base des discussions qu’on verra si les données du Cameroun vont contredire celles du FMI et servir à faire valider le dossier devant le conseil d’administration au mois d’août prochain », poursuit notre source qui souligne que les travaux seront déterminants pour le destin du programme. « Si le dossier du Cameroun venait à être présenté au Conseil d’administration avec les premiers éléments du FMI, cela va compromettre les décaissements des appuis budgétaires attendus par le gouvernement ».
Déficit budgétaire
S’agissant des réformes sur les finances publiques, le FMI s’inquiète de la remontée du déficit budgétaire l’année dernière, en raison, selon le chef de missions du FMI, des « pressions budgétaires exercées sur l’exécution du budget 2024 ». En fait de pressions budgétaires, il s’agit, explique une source introduite, des dépenses extrabudgétaires en constant dépassement. Ce qui ne reflète pas une exécution budgétaire sincère. Comme explication, les autorités brandissent l’atomisation des dépenses dans les chapitres communs, notamment celui relatif aux dépenses communes, en responsabilisant chaque administration.
Pour le FMI, ces pressions constituent la raison principale de la hausse considérable des restes à payer qui se sont amoncelés l’an dernier. Pourtant, dans le cadre budgétaire à moyen terme 2024-2026, la direction générale du Budget avait pondéré le déficit budgétaire à 0,4% du PIB en 2024 contre 0,8% en 2023, garantissant ainsi le respect des cibles quantitatives fixées dans le cadre du Programme économique et financier. Mais contre toute attente, ce critère quantitatif semble reparti à la hausse.
A la direction générale du budget, sans donner de chiffres, l’on explique que la baisse des recettes pétrolières a fortement déteint sur les recettes budgétaires. Mais, selon des cadres de cette direction opérationnelle du ministère des Finances, le problème réside dans l’explosion des dépenses chaque année.
Pour Cemile Sancak, les pressions budgétaires doivent « être minimisées » pour permettra à l’économie de se développer. « Si on pouvait réussir l’équation de la discipline budgétaire, l’équilibre entre les dépenses et les recettes s’en ressentirait ; ce qui est encore loin d’être le cas pour le Cameroun en raison de plusieurs facteurs notamment l’insécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et l’Extrême-Nord », explique un membre du Comité technique de suivi des programmes économiques (CTS). « On est en train d’évaluer ces pressions et cherchons des solutions pour savoir comment les minimiser pour le bien de l’économie », rassure-t-elle.
Restes à payer
Parmi les éléments qui renforcent l’inquiétude du Fonds, il y a l’accumulation et l’explosion des restes à payer (RAP). L’on se serait attendu à un recul de cette enveloppe l’an dernier en raison de la mobilisation d’un emprunt obligataire international de 335 milliards de FCFA sur le marché financier international le 22 juillet 2024. En effet, dans le communiqué signé le 31 juillet 2024 par le ministre camerounais des Finances, Louis Paul Motaze, l’on apprenait que les fonds mobilisés auprès des investisseurs internationaux à des taux favorables, devaient permettre la poursuite de l’apurement de la dette intérieure, afin de stimuler l’activité des PME, consolider la croissance de l’économie et renforcer la confiance du secteur privé vis-à-vis de l’Etat.
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Ceci concernait principalement l’apurement d’une partie des restes à payer dont le montant total, selon la loi de finances rectificative de juin 2024, s’élevait à 537 milliards de Fcfa. Mais, contre toute attente, au 31 décembre 2024, la note de conjoncture sur la dette publique du 18 mars 2025, élaborée par la Caisse autonome d’amortissement révélait que l’enveloppe des RAP s’élevait à 679,8 milliards de FCFA. Pourtant, entre juillet et septembre 2024, ceux-ci étaient de 559 milliards de FCFA, avant de remonter à 646 milliards de FCFA à fin octobre de l’année éponyme.
Pour la Caisse autonome d’amortissement (CAA), cette baisse témoigne des efforts en matière de régularisation et d’apurement des engagements budgétaires tout au long de l’année 2024. Les autorités tentent de justifier cette situation par la situation sécuritaire préoccupante que traverse le pays dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord.
Nouveau programme
Pour le moment, l’on s’inquiète de la suite que va donner le Fonds aux explications du Cameroun sur la base des données en leur possession d’autant plus que l’équipe dispose d’éléments suffisamment documentés sur les retards accusés dans la mise en œuvre des critères quantitatifs et structurels concernant les réformes à mener dans les entreprises publiques, le secteur privé ou encore le secteur financier. Les autorités doivent également trouver des solutions à la remise à flot de la Société nationale de raffinage, ravagée par un incendie depuis mai 2019. En dépit des assurances du gouvernement pour sa réhabilitation, la raffinerie n’a pas repris ses activités. Une situation qui risque non seulement de compromettre les négociations sur les décaissements mais également sur un nouveau programme.
Pour mémoire, dans la lettre d’intention du Cameroun adressée au Fmi en vue de la Facilité élargie de crédit, au Mécanisme élargi de crédit et à la facilité de résilience et de durabilité en juillet 2024, les autorités reconnaissaient explicitement que « les résultats du programme à fin décembre 2023 demeurent mitigés ».
Poursuivant son plaidoyer, le gouvernement va préciser que deux des six critères de réalisation quantitatifs n’ont pas été satisfaits, à savoir le plancher du solde budgétaire primaire hors pétrole (base ordonnancement) pour la fin décembre 2023, et le critère de performance quantitatif continu sur le plafond sur l'accumulation des arriérés de paiements extérieurs. En sus de ces objectifs quantitatifs, quatre des six objectifs indicatifs n’avaient pas été atteints : les plafonds sur l’accumulation nette d’arriérés de paiements intérieurs, sur les interventions directes de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), sur les avances de trésorerie sans allocation de crédits budgétaires et sur la part des dépenses publiques exécutées par des procédures exceptionnelles. « Nous avons proposé des mesures correctives pour améliorer la performance du programme », plaidait le gouvernement dans l’optique de la prorogation du programme de 12 mois supplémentaires. Un an plus tard, les mesures proposées semblent avoir été inefficaces.

