Le 10 juillet 2024, le président de la République, Paul Biya, signait un décret transformant la Société nationale d’investissement (SNI) en société à capital public, dotée de l’autonomie financière, avec l’État comme actionnaire unique. Mais plus d’un an après, la réforme reste bloquée. Certes, un conseil d’administration a été installé le 8 avril 2025, et Johnny Razack, 52 ans, en a pris la présidence le 25 avril suivant. Mais l’essentiel manque encore : la nomination d’une direction générale, organe opérationnel indispensable. « La lenteur dans la mise en place de la nouvelle SNI pose d’abord un problème social. Ensuite, elle compromet la logique même de la réforme, qui vise à renforcer l’impact de l’État dans l’économie », explique un expert proche du dossier.
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La réforme a entraîné la dissolution de trois organismes publics : la Commission technique de réhabilitation (CTR), la Commission technique de privatisation et de liquidation, et le Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN). Leur patrimoine a été transféré à la SNI, sous la supervision du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), mais leurs personnels ont été laissés pour compte. L’article 27 (2) du décret prévoit seulement qu’ils soient prioritaires pour d’éventuels recrutements, sous réserve de leurs « aptitudes techniques et morales ». Résultat : ces agents sont au chômage depuis un an, sans plan social ni indemnités. « On a payé les prestataires avant de régler les droits des personnels, alors que ces derniers devraient être prioritaires », dénonce un ancien collaborateur de la CTR. Une situation d’autant plus critique qu’elle coïncide avec les rentrées scolaires.
Pourtant, la réforme avait des ambitions claires : faire de la SNI un outil central de la stratégie industrielle et financière du Cameroun. Dans son discours du 31 décembre 2024, Paul Biya promettait d’accélérer la dynamique industrielle en 2025 grâce à cette réforme, qualifiant la SNI de « véritable levier stratégique de promotion des investissements productifs ». Le Minepat, qui pilote cette réforme, a d’ailleurs prévu 50 milliards Fcfa dans son budget d’investissement 2025 arrêté à 107 milliards Fcfa pour recapitaliser la SNI, première tranche d’un programme en quatre étapes destiné à porter son capital de 26,134 milliards à 226,134 milliards Fcfa à l’horizon 2027. La nouvelle SNI a désormais le droit de créer des filiales, de mobiliser des financements, d’investir dans l’industrie, l’agriculture, les mines, la finance, le commerce et les services. Elle peut financer des projets par le capital-risque, exercer des activités boursières, gérer des actifs, ou encore accompagner les entreprises publiques.
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Sur le plan comptable, elle est soumise aux règles de l’Ohada, avec obligation d’audits externes. « La SNI repose sur deux organes sociaux : le conseil d’administration et la direction générale. Tant que cette dernière n’est pas nommée, rien ne peut fonctionner », rappelle une source proche du dossier. La situation est d’autant plus délicate que l’actuelle directrice générale, Yao Aissatou, en poste depuis 2003, est en dépassement légal. La loi de 2017 limite à 9 ans le mandat des DG des entreprises publiques. En continuant d’exercer, elle engage sa responsabilité personnelle au regard de l’Acte uniforme Ohada. Mais, selon des indiscrétions, elle ne prendrait pas trop de risques et se limiterait depuis un an à expédier les affaires courantes.
Derrière ce blocage se joue une bataille d’influence. Des luttes internes, notamment à la présidence de la République, opposeraient plusieurs lobbys pour le contrôle de ce mastodonte financier. Le lobby du « grand Nord » serait réticent à la nomination d’un dirigeant non originaire du septentrion. La désignation de Johnny Razack, natif de la Bénoué, à la présidence du conseil d’administration, en remplacement de Geoffroy Désiré Mbock, originaire du Centre, laisse planer l’hypothèse que la direction générale pourrait, cette fois, échoir à une autre région du pays.

