Les autorités camerounaises ont saisi plus de 96 tonnes de produits médicaux illicites en 2025, contre seulement 2,5 tonnes cinq ans plus tôt. Selon un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), réalisé avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Commission de la CEMAC, les quantités interceptées ont ainsi été multipliées par 38 entre 2020 et 2025, soit une progression de 3 705 %. Les saisies ont pourtant commencé par reculer, passant de 2 530 kg en 2020 à 1 643 kg en 2021, puis 917 kg en 2022. Le changement intervient en 2023, avec 18 933 kg interceptés, avant un bond à 77 039 kg en 2024 et 96 259 kg l'année suivante. Sur ces six années, les autorités ont ainsi déclaré plus de 197 tonnes de produits médicaux saisis au Cameroun.
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11,3 milliards FCFA
Le phénomène représente également des sommes importantes. Entre 2020 et 2024, la valeur des produits médicaux saisis au Cameroun a atteint au moins 11,3 milliards de FCFA, selon les autorités sanitaires citées par l'ONUDC. Il ne s'agit que des marchandises interceptées, et non d'une estimation de la taille du marché clandestin. Le rapport souligne que ce commerce détourne une partie des ventes des distributeurs agréés, réduit les recettes fiscales et fragilise les circuits officiels d’approvisionnement. « Le poids du trafic illicite sur le marché pharmaceutique compromet la viabilité des opérateurs légaux, réduit les recettes fiscales et fragilise les mécanismes publics de distribution des produits médicaux », relève l’ONUDC. Cette estimation représente plus de la moitié de la valeur des importations légales de produits médicaux du pays sur la même période, évaluées à 20 milliards Fcfa.
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Les produits interceptés ne sont pas tous des médicaments falsifiés. Le rapport distingue notamment les produits de qualité inférieure, qui ne respectent pas les normes requises, les produits falsifiés, dont l'identité, la composition ou la provenance sont présentées frauduleusement, ainsi que les produits non homologués ou détournés des circuits officiels de distribution. Certains sont importés illégalement, tandis que d'autres proviennent de laboratoires clandestins installés au Cameroun ou dans des pays limitrophes.
Les anti-infectieux occupent une place importante dans les cargaisons interceptées. Antibiotiques, antipaludéens, antiparasitaires et antiseptiques figurent dans 37 % des saisies recensées au Cameroun, les antibactériens constituant la sous-catégorie la plus fréquemment identifiée. En janvier 2023, les douanes ont notamment découvert environ huit tonnes de produits médicaux, principalement des antibiotiques, dans un camion à Yaoundé. En mai 2024, elles ont intercepté 55 000 litres d'eau stérilisée à Maroua. Plus récemment, en mars 2026, la Marine nationale a saisi 8,25 tonnes de produits médicaux près de Limbé, essentiellement destinés au traitement de la dysfonction érectile.
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Le trafic ne se limite pas aux médicaments courants. Les autorités ont également intercepté des vaccins, des tests de dépistage et des produits pharmaceutiques détournés à des fins non thérapeutiques. Entre 2020 et 2025, au moins 47 saisies de tramadol ont été enregistrées au Cameroun, pour un volume cumulé de près de 2,9 tonnes. Huit autres opérations ont permis d'intercepter environ 1,3 tonne de benzodiazépines. En février 2026, les douanes ont annoncé une nouvelle saisie de plus de 1,4 tonne de tramadol à l'aéroport international de Douala.
Des circuits qui dépassent les frontières camerounaises
Le Cameroun occupe une place particulière dans ce commerce. Le port de Douala est identifié par l'ONUDC parmi les principales portes d'entrée des produits médicaux faisant l'objet de trafic en Afrique centrale, aux côtés notamment du port d'Apapa, au Nigeria. Une partie des marchandises emprunte ensuite les corridors routiers vers le Tchad et la Centrafrique. Le pays n'est toutefois pas seulement une zone de transit ou de consommation. Des opérations de falsification y ont également été découvertes.
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Pendant ce temps, le « Made in Cameroon » médical, du moins celui conforme à la réglementation, est encore loin de sa cible. Les produits médicaux autorisés et fabriqués localement, ne couvraient qu’environ 5 % de la demande intérieure en 2023. Au-delà de l’écart entre les chiffres, il s’agit surtout de consommation sans diagnostic gestationnel et sans suivi médical. Ce gros risque sanitaire a causé le décès d’environ 500 000 personnes en Afrique subsaharienne en 2017. Et à l’allure où vont les choses, le mal est bien plus profond aujourd’hui, que 10 ans plus tôt.












