Près de soixante ans après sa création, Chococam s’apprête à tourner une page majeure de son histoire. La filiale de Tiger Brands, est sur le pont d’être cédée à la société d’investissement Minkama Capital pour un montant non dévoilé. Depuis son implantation en 1967, Chococam occupe une position quasi hégémonique dans son secteur. Une domination qui s’est quelque peu éffrité ces dernières années justifiant le désengagement de sa maison mère.
Ses marques phares (Mambo, Tartina, Matinal…) sont inscrites dans la mémoire collective de plusieurs générations de ménages camerounais. Mais si Chococam reste le numéro un du chocolat et de la confiserie au Cameroun, elle a connu une nette érosion de ses parts de marché. Avant la pandémie, l’entreprise contrôlait près de 71 % des volumes vendus dans ses catégories clés. En 2022 puis 2023, cette part est descendue autour de 61 %.
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Sur le plan financier, le bilan reste solide malgré la pression de la concurrence. Le chiffre d’affaires est passé de 36,5 milliards de FCFA en 2021 à près de 49 milliards en 2023, et il devrait franchir la barre des 55 milliards en 2024 selon les projections de l’entreprise. Cette progression équivaut à une croissance annuelle moyenne de près de 15 % sur trois ans. S’agissant de la rentabilité, la marge opérationnelle (EBITDA) est passée de 21,5 % en 2021 à un peu moins de 19 % en 2023, puis devrait s’établir autour de 18,4 % cette année. Une baisse mesurée qui souligne la montée des coûts de production, notamment l’achat des intrants comme le cacao dont les prix ont fortement grimpé en 2024.
L’outil industriel constitue l’un des arguments structurants des actifs. Basée à Douala, l’usine de Chococam fonctionne à environ 70 % de sa capacité, avec un potentiel de production de plus de 3 500 tonnes par mois. L'entreprise emploie environ 266 collaborateurs permanents et plus de 370 contractuels, et disposait fin 2024 d’un plan d’investissement de 3,6 milliards de FCFA destiné à renforcer ses capacités de stockage et à moderniser certaines lignes. Cette base industrielle lui permet de servir non seulement le marché camerounais, qui représente environ 74 % de ses ventes, mais aussi des débouchés régionaux. Car Chococam n’est plus seulement un acteur national. L’entreprise réalise déjà près de 26 % de son chiffre d’affaires à l’export, principalement en Afrique centrale, et ambitionne de porter cette proportion à plus de 30 % d’ici 2029. Sa présence est consolidée au Gabon, au Tchad, en République centrafricaine, en Guinée équatoriale et au Congo, mais elle prépare désormais son offensive sur l’Afrique de l’Ouest, avec en ligne de mire le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Bénin.
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Autre élément majeur c’est la forte concentration de la clientèle. Sur 71 distributeurs dans la région, les dix principaux représentent 80 % du chiffre d’affaires, et six, tous situés au Cameroun, en concentrent 60 %. Cette structure, offre à la fois une grande maîtrise des circuits et un risque commercial concentré qu'il faudra savoir gérer à mesure que la concurrence s'organise.
Dans ce contexte, la vente de Chococam ressemble moins à une sortie opportuniste de Tiger Brands qu'à un passage de relais stratégique. Le groupe sud-africain quitte un marché où il a prospéré, mais où les arbitrages industriels deviennent plus exigeants à mesure que la concurrence prend de l’ampleur. L’acquéreur, lui, héritera d’une marque solidement ancrée dans les habitudes de consommation, des fondamentaux industriels solides, une distribution profonde, et un potentiel de croissance régional encore largement sous-exploité.

