Au siège de Camtel à Yaoundé, ce lundi 19 octobre, tout semble tourner normalement. Les agents d’accueil répondent au téléphone, les cadres regagnent leurs bureaux. Puis un client demande une carte SIM et le forfait Blue. « Désolé monsieur, nous sommes en rupture de stock». Aucune date de réapprovisionnement n’est donnée. Un autre interlocuteur de la société évoque une indisponibilité qui durerait depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et invite le client à repasser.
L’aveu figure noir sur blanc dans une note interne du 24 août, adressée au directeur général de l’opérateur public, dont EcoMatin a pu consulter une copie. Son objet : une « totale rupture de stocks de cartes SIMS dans nos réseaux de distribution interne et externe ». « Nous ne disposons malheureusement plus de SIMs à commercialiser », écrit son auteur, qui redoute des difficultés « en cette veille de rentrée scolaire » et de fêtes de fin d’année. Contactée par EcoMatin, la direction de la communication de Camtel n’avait pas répondu à la date de rédaction.
Jusqu’à 5000 FCFA la puce
Selon la note, le stock de 2026 provient d’un seul approvisionnement, effectué en août 2025. Le service avait demandé l’accord de sa hiérarchie pour de nouvelles cartes les 6 et 28 janvier. Faute de livraison, Camtel recycle depuis trois mois des numéros inactifs depuis plus de six mois. « Le stock critique a déjà été atteint et même dépassé », constate le document, qui réclame quatre bons de commande pour 500 000 puces, de quoi tenir jusqu’à la fin de l’année.
De l’autre côté de la rue, des box vendent accessoires et services de mobile money. L’un des vendeurs dit être en rupture de cartes Camtel depuis des mois, mais propose un équipement à partir de 25 000 F CFA, carte comprise. Plus loin, près du centre commercial Casino, des vendeurs ambulants affichent la puce à 5 000 F CFA, sans négociation. Il faut présenter sa carte d’identité, se faire photographier la SIM en main, payer en espèces. Cinq minutes. L’activation interviendrait « deux à trois heures plus tard », affirme l’un d’eux, présenté comme proche de l’entreprise, qui dit transmettre le dossier à un collaborateur de Camtel.
Sur son site, la marque Blue affiche la carte à 500 F CFA, avec 2 Go et 2 000 unités d’appel offerts pendant 48 heures. Dans la rue, le prix est donc dix fois supérieur. En mars, il tournait autour de 3 000 F CFA, selon un tenancier de cybercafé qui côtoie ces vendeurs, soit une hausse de 66,7 %. Un prix très largement au dessus des principaux concurrents que sont Orange et MTN chez qui la carte SIM se cède à environ 500 FCFA voire moins.
Deux appels d’offres
Pour approvisionner son stock, l’opérateur public a lancé, en mars 2024, un appel d’offres international portant sur la fourniture de 1 850 000 cartes SIM numérotées et de 450 600 cartes vierges, toutes compatibles avec la technologie 5G. Le coût prévisionnel de l'opération était fixé à 500 millions de FCFA. La procédure a été déclarée infructueuse le 8 juin 2026. Selon le communiqué publié par Camtel, le seul soumissionnaire n'avait pas fourni la caution de soumission de 10 millions de FCFA accompagnée du récépissé de la Caisse des dépôts et consignations (CDEC), une pièce dont l'absence constituait un critère éliminatoire.
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Le 20 juillet, un second appel porte sur 854 225 cartes (700 000 numérotées, 154 225 vierges), pour le même budget. Le volume baisse de 62,9 %. Rapporté au nombre de cartes, le montant passe d’environ 217 à 585 F CFA l’unité. La date limite des offres, fixée au 24 août, jour où est datée la note, a été reportée au 3 novembre par un additif du 16 octobre.
Un petit opérateur
L’enjeu est d’autant plus sensible que Camtel pèse peu. L’opérateur public captait 2,67 % des revenus mobiles en 2024, environ 16 milliards de F CFA sur 630,9 milliards, avec 1,23 million d’abonnements actifs, contre près de 14 millions pour Orange et 12,8 millions pour MTN, selon l’Observatoire 2024 de l’Agence de régulation des télécommunications (ART). La commande de juillet équivaut à près de 70 % de ce parc.
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