Le groupe audiovisuel français Canal+ a annoncé ce mardi 5 mars dans un communiqué, qu'il prolongeait de six mois l’échéance de son projet d'acquisition du géant sud-africain de télévision payante MultiChoice. Initialement prévue pour avril 2025, la finalisation de cette opération – qui représente la plus grande acquisition de l’histoire de Canal+ – dépend toujours de l’approbation des autorités sud-africaines de la concurrence. Le groupe audiovisuel français a précisé que cette extension de délai, prévue contractuellement, ne modifie cependant pas les termes de l’offre. Ce projet de rachat est en effet chiffré à 1,7 milliard d’euros (près de 1 115 milliards de Fcfa). Le prix de l’offre étant de 125 rands (6 euros) par action, payés en numéraire, valorisant MultiChoice à près de 2,7 milliards d’euros.
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Le report de l’opération illustre cependant la complexité des procédures réglementaires en Afrique du Sud, où les autorités de la concurrence scrutent de près le dossier. MultiChoice est en effet le leader de la télévision payante en Afrique, notamment via sa plateforme DStv. Son rachat par Canal+ pourrait entraîner des préoccupations sur une trop grande domination du marché, limitant ainsi la concurrence. De plus, l'Afrique du Sud possède une réglementation stricte visant à protéger les entreprises locales et éviter qu’un acteur étranger ne prenne un contrôle excessif d’un secteur stratégique comme celui de la télévision payante. Dans ce contexte, le délai initial fixé par Canal+ à avril 2025 s’avère insuffisant, d’où l’activation d’une prolongation de six mois.
Le géant français de la télévision dont le premier actionnaire est le groupe Bolloré s’est dit confiant quant à l’aboutissement de l’opération d’ici octobre, mais cette incertitude pèse sur sa valorisation boursière. Depuis son introduction en Bourse après sa séparation d’avec sa maison-mère Vivendi en décembre 2024, l’action Canal+ a perdu environ 40% de sa valeur selon la plateforme Boursier.com, un repli accentué par le manque de visibilité sur sa stratégie future. « Notre décision de prolonger la date butoir reflète notre reconnaissance du travail acharné et des progrès positifs réalisés par toutes les parties prenantes […] Le calendrier de cette transaction est crucial, et nous continuerons à travailler sans relâche pour finaliser l'opération dans ce délai », a déclaré dans un communiqué Maxime Saada, le Directeur général du groupe Canal+.
Plus de 23,5 millions d’abonnés en jeu
L’enjeu est donc de taille pour le géant français de la télévision, qui cherche à renforcer sa présence en Afrique. Si le rachat de MultiChoice devait aboutir, il offrirait au groupe français un quasi-monopole sur l’offre de télévision payante dans le continent. Déjà bien implanté dans 25 pays d’Afrique francophone avec plus de 8 millions d'abonnés, Canal+ profiterait d’une ouverture sur l’Afrique anglophone et verrait ainsi son parc d’abonnés être multiplié par 4 en Afrique. En effet, MultiChoice compte plus de 23,5 millions d'abonnés dans plus de 50 pays. En acquérant le géant sud-africain de la télévision, Canal+ attendrait les 32 millions d’abonnés en Afrique.
Cette expansion permettrait au groupe de Bolloré de diversifier ses revenus et d’accélérer son internationalisation, alors que son activité en Europe est confrontée à une concurrence accrue et une année 2024 mi-figue mi-raisin. Le chiffre d’affaires du groupe Canal+ a atteint 6,45 milliards d’euros, en hausse de 2,3% au 31 décembre de l’année dernière. Cependant, le groupe a enregistré une perte nette de 147 millions d’euros, principalement attribuée à des éléments exceptionnels tels que la réorganisation des activités françaises et l’arrêt de la chaîne C8. A l’inverse, le chiffre d’affaires du groupe a atteint 1,037 millions d’euros, en hausse de 3,5%, sur son réseau Afrique et Asie. Cette croissance a été principalement portée par l'augmentation du nombre d'abonnés qui est passé à 9,695 millions, en hausse de 2,5% sur ce même réseau.

