Emprunter auprès d'une banque coûte nettement plus cher au Gabon que dans le reste de la zone CEMAC. Au deuxième trimestre 2026, le taux effectif global (TEG; taux d’intérêt + les frais) moyen des crédits bancaires y a atteint 21,51 %, contre 8,31 % au Cameroun, un écart de 2,6 fois, selon le dernier rapport de politique monétaire de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), publié le 30 septembre. Le Gabon se distingue ainsi comme le marché bancaire le plus cher de la sous-région, avec un TEG presque deux fois supérieur à la moyenne communautaire (10,94 %). Derrière Libreville viennent la Centrafrique (14,36 %) et la Guinée équatoriale (13,82 %), tandis que le Cameroun affiche le coût le plus faible de la zone, devant le Tchad (8,47 %) et le Congo (10 %).
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Une partie de l'écart tient à la structure même du coût du crédit. Au Gabon, le taux nominal ne représente que 36,15 % du TEG, les commissions et autres frais liés à la mise en place des prêts en constituant 63,85 %. Comparativement au Cameroun, ces frais ne pèsent que 18,33 % du TEG. À l'échelle de la CEMAC, le coût du crédit varie aussi selon le profil de l'emprunteur. Les particuliers supportent le TEG moyen le plus élevé (15,48 %), devant les « autres personnes morales » (14,84 %), les PME (10,97 %), les grandes entreprises (10,36 %) et les administrations publiques (10,22 %).
Plus de 10 000 milliards absorbés par les États
Cette cherté du crédit intervient alors que les banques consacrent une part croissante de leurs ressources au financement des États. Le phénomène est particulièrement marqué au Gabon. À fin juin 2026, les établissements de crédit du pays détenaient 2 767,9 milliards de FCFA de créances sur l’État, soit 45,54 % de leurs portefeuilles, selon les données de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Gabon consultées par EcoMatin. C’est près de deux fois les 1 537,5 milliards de FCFA de crédits accordés aux entreprises. Les titres publics (BTA, OTA et emprunts obligataires) concentraient à eux seuls 2 327,4 milliards de FCFA de cette exposition souveraine.
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À l’échelle de la CEMAC, l’encours des bons et obligations du Trésor atteignait 10 219 milliards de FCFA à fin juin 2026, contre 8 672 milliards un an auparavant, soit une progression de près de 18 %. Les établissements de crédit en détenaient 75 %. Cette forte exposition souveraine peut renforcer la concurrence entre l’État et le secteur privé pour les ressources bancaires. Pour une banque, financer une entreprise suppose d’évaluer son activité, ses garanties et son risque de défaut, tandis que les titres publics offrent désormais des rendements élevés et peuvent être refinancés auprès de la banque centrale. La BEAC estime d’ailleurs que les crédits à l’économie ne progresseraient que de 8,9 % en 2026, à 14 965 milliards de FCFA, une évolution qu’elle qualifie de « relativement contenue », notamment en raison de conditions de financement exigeantes, d’un risque de crédit élevé et de « l’exposition importante de certains établissements bancaires aux risques souverains ».















