La République centrafricaine s’apprête à vivre une séquence électorale majeure avec l’organisation simultanée, le 28 décembre prochain, d’élections locales, législatives et présidentielles. Mais ce rendez-vous historique, attendu depuis plus de 40 ans pour les élections locales, se heurte à un obstacle de taille : le financement. Le budget électoral global, estimé à 14 millions de dollars, soit près de 7,9 milliards Fcfa, n’est pas bouclé. Seuls 9 millions de dollars (5 milliards Fcfa) ont déjà été mobilisés, laissant un gap d’environ 5 millions de dollars (plus de 2,8 milliards Fcfa). A quatre mois de l’échéance et après plusieurs reports pour ce qui est des élections locales, la Russie se dit prête à apporter son assistance à la préparation et à l’organisation de ces trois scrutins. C’est du moins ce qu’a annoncé l’ambassadeur de la puissance soviétique à Bangui, Alexandre Bikantov, à l’issue d’une audience avec le ministre l’Administration territoriale, de la Décentralisation et du Développement local, Bruno Yapande, le 19 août. Les détails de cette assistance n’ont été explicités ni par le diplomate russe, ni par son hôte centrafricain. Mais, ce dont ont officiellement besoin les autorités centrafricaines pour tenir le pari des élections générales de la fin d’année c’est d’un soutien financier et logistique.
Jusqu’ici, plusieurs partenaires bilatéraux et multilatéraux se sont mobilisés. L’Union européenne a injecté 2 millions d’euros pour la mise à jour du fichier électoral via le PNUD, tout en soulignant que les besoins restants se situent entre 5,5 et 6 millions d’euros. La France a, en novembre dernier, signé un accord global d’aide de 10 millions d’euros, dont une partie est destinée au soutien du processus électoral. Le Cameroun, voisin de la République centrafricaine, a apporté une contribution de 250 millions Fcfa l’année dernière. Cette aide a été présentée comme un geste de solidarité sud-sud pour financer la logistique, le matériel et la formation des agents électoraux. Le gouvernement centrafricain lui-même, épaulé par le PNUD, a investi plus de 400 millions Fcfa pour l’acquisition de matériel électoral.
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Ces contributions témoignent d’un engagement certain de la communauté internationale et régionale. Pourtant, elles demeurent insuffisantes pour couvrir l’ensemble des besoins logistiques, sécuritaires et techniques indispensables à l’organisation d’élections crédibles et inclusives. L’annonce de l’ambassadeur de Russie en RCA concernant une possible assistance de son pays à l’organisation de ces élections met sans doute du baume au cœur des autorités centrafricaines. La perspective d’un financement russe des processus électoraux est significative à double titre : d’une part, elle illustre la montée en puissance de la Russie en Centrafrique, où elle se présente de plus en plus comme un partenaire alternatif face aux bailleurs traditionnels occidentaux ; d’autre part, elle conforte les autorités centrafricaines dans leur recherche d’alliés capables d’apporter un appui rapide et sans conditionnalités trop strictes.
Des enjeux institutionnels majeurs
La tenue des échéances électorales prévues en Centrafrique cette année porte des enjeux politiques et institutionnels décisifs. Les locales n’ont pas été organisées depuis plus de quatre décennies, privant les citoyens de la possibilité de désigner leurs représentants municipaux. Leur tenue représenterait un pas important vers la décentralisation, en permettant une gouvernance de proximité et une meilleure gestion des ressources au niveau local. Les législatives et la présidentielle, prévues dans le même calendrier, visent quant à elles à consolider les institutions nationales et à renforcer la légitimité démocratique du pays, encore fragile après plus d’une décennie de crise politique et sécuritaire. Le succès du processus électoral est donc perçu comme une étape clé pour stabiliser la Centrafrique et favoriser la réconciliation nationale.
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