Les opérations de pompage ont finalement débuté sur le navire MT Serenade chargé de 30.000 tonnes de gasoil offertes par la Russie à la République centrafricaine, vendredi dernier, après plusieurs jours de blocage au niveau du port de Limbe où il a accosté il y a environ deux semaines. Les premiers camions-citernes chargés de ces produits pétroliers, affrétés par le camerounais Neptune Oil S.A qui, depuis l’année dernière est le fournisseur exclusif des produits pétroliers en RCA, arriveront très certainement à partir de ce lundi au dépôt de Kolongo, non loin de Bangui.
La cargaison a été bloquée dans cet espace portuaire géré administrativement par le Port autonome de Douala (PAD), en raison non seulement d’interminables procédures administratives et de la volonté de la douane camerounaise de prélever des taxes sur ce carburant, mais aussi d’un certain nombre de tracasseries provenant de certains responsables du PAD qui, faut-il le préciser, est l’entité publique qui continue de gérer administrativement le port de Limbe.
Lire aussi : Au Cameroun, une cargaison de blé russe destinée à la RCA fait polémique
Nos informations font état de ce qu’au-delà des formalités d’usage, l’administration portuaire a effectivement tenté d’empêcher le déchargement de ce gasoil, brandissant le régime de sanctions imposées sur le pétrole russe par les États-Unis, l’Angleterre et l’Union européenne, notamment celles du 10 janvier dernier visant 200 pétroliers et méthaniers blacklistés comme faisant partie de la fameuse « flotte fantôme » grâce à laquelle Moscou continue d’inonder les marchés de son pétrole sous embargo, par un système particulièrement huilé de contournement des sanctions.
Pénuries de carburants
Une attitude qui n’a pas tardé à heurter Bangui. « On évoque des problèmes de sanctions qui n’ont rien à voir. Ce n’est pas un commerce avec la Russie, c’est tout simplement un don de la Fédération de Russie qui a eu vent des problèmes d’approvisionnement en carburants de la République centrafricaine », a protesté le porte-parole de la présidence centrafricaine, Albert Mokpeme Yaloké lors d’une interview à Radiondekeluka.
Lire aussi : République centrafricaine : vers une déclaration de défaillance du pétrolier Tamoil
En clair, pour Bangui, les restrictions imposées par les Occidentaux sur le pétrole russe et dont le non-respect est susceptible d’entraîner des sanctions contre les Etats contrevenants, ne devraient pas s’appliquer aux dons du gouvernement russe. Depuis jeudi soir, un terrain d’entente a en tout cas été trouvé entre les plus hautes autorités de la République centrafricaine, du Cameroun et le top management du PAD, confirmant ainsi les dires du porte-parole de la présidence centrafricaine, qui assurait le 21 janvier que des tractations étaient en cours entre Yaoundé et Bangui en vue de lever toutes les incompréhensions autour de cette affaire. Le ministre de l’Eau et de l’Energie du Cameroun, Gaston Eloundou Essomba, et son homologue centrafricain, Bertrand Arthur Piri, ont eu un entretien téléphonique jeudi.
Grâce à ce dénouement, le Cameroun réussit à préserver une vieille tradition : sa politique étrangère indépendante fondée sur la fameuse diplomatie du non-alignement. Il préserve également sa relation privilégiée avec la République centrafricaine qui fait transiter plus 90% de ses importations par son territoire et avec la Russie avec laquelle il a signé un accord de coopération militaire le 12 avril 2022. Le Kremlin avait déjà fourni des matériels militaires précieux au Cameroun au plus fort de la crise de Boko Haram, en 2015.

