La société Transafrica Market Oil (Tamoil) est-elle poussée vers la porte de sortie, moins d’un an après son entrée en activité sur le marché centrafricain des produits pétroliers ? Aux yeux des autorités de Centrafrique, la filiale de la banque d’affaires Rochefort & Associés présente tous les signes de défaillance qui la mettent en incapacité de reprendre ses activités de distribution des carburants dans le pays. Le 16 septembre, le ministre du Développement de l’Energie et des Ressources hydrauliques, Arthur Bertrand Piri, a renouvelé pour 90 jours la mesure portant réquisition d’une dizaine de stations-services appartenant à ce marqueteur, aussi bien dans la capitale Bangui que dans certaines villes secondaires, à l’instar de Bossangoa, Mbaiki ou encore Sibut. Ces points de vente remis en service début 2024 après avoir été rénovés par l’entreprise française vont, comme depuis le 06 juin, être gérés par des particuliers désignés par le gouvernement dont la mission d’approvisionner régulièrement le marché. Tamoil qui est mis sur la touche n’a le droit d’intervenir à aucun niveau de la gestion ; même les salaires des personnels sont payés directement par les privés centrafricains désignés par les autorités, conformément à leurs contrats de travail.
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La décision de Bangui de confier la gestion de ce réseau de stations-services à une gestion provisoire remonte à début juin. Le nouveau marqueteur qui a officiellement changé de dénomination en janvier 2024 est accusé d’avoir créé une pénurie de carburant dans la capitale, « causant des dommages importants sur les plans économique, financier et social ». En effet, avant leur réquisition, toutes les 11 stations-service de l’ex-réseau TotalEnergies tombée dans l’escarcelle de ce nouvel opérateur étaient en arrêt, faute de carburant. La raison ? En moins de six mois d’activité dans le pays, Tamoil a accumulé des impayés d’environ 2 milliards Fcfa qui ont poussé l’importateur exclusif des produits pétroliers en République centrafricaine, Neptune Oil S.A, à suspendre ses approvisionnements. Ses impayés à vis-à-vis de l’Etat s’élevaient alors à environ 2 milliards Fcfa. Cette situation lui avait valu plusieurs avertissements et une amande de 200 millions Fcfa à payer au trésor public. Le 03 juin, le ministre de l’Energie était passé à la vitesse supérieure en réquisitionnant 6 premières stations-service de son réseau, pour une durée de 45 jours. La sanction est ensuite passée à 60, puis à 90 jours aujourd’hui.
Cette gradation dans la durée de la sanction à l’encontre de Tamoil est susceptible de déboucher sur une décision plus drastique des autorités centrafricaines à l’encontre de ce marqueteur, à savoir la déclaration de sa défaillance. Le repreneur à 100% des actifs de TotalEnergies embarrasse fortement Bangui, qui a engagé depuis plusieurs mois des tractations pour l’évincer de l’actionnariat de la Société centrafricaine de stockage des produits pétroliers (Socasp) où il détient 25% des parts hérités de son prédécesseur TotalEnergies. La situation que traverse Tamoil RCA est quelque peu paradoxale quand on prend en compte les investissements que dit avoir consentis la compagnie à partir d’août 2023 (plusieurs millions d’euros, d’après la maison mère, la banque d’affaires Rochefort & Associés) dans la réhabilitation de l’ex-réseau de stations-service TotalEnergies. Elle avait, par ailleurs, mobilisé des trésors de diplomatie, à travers le Français Enguerrand Rochefort, le PDG de la holding Rochefort & Associés, pour aplanir les dissensions qui avaient profondément parasité les relations entre les autorités centrafricaines et TotalEnergies, avant le départ de ce dernier. Tamoil s’était, notamment, engagé à régler une dette fiscale de 2 milliards Fcfa que son prédécesseur a catégoriquement refusé de régler à l’Etat centrafricain. Depuis son arrivée, Tamoil s’était montré très coopératif, saluant au passage les autorités centrafricaines « pour l’esprit de partenariat qui a toujours prévalu lors des échanges des derniers mois, favorisant ainsi un développement durable des activités dans l’intérêt général des Centrafricains ».
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La crise en cours n’embarrasse pas moins Neptune Oil SA qui, dans le cadre de l’exécution de son contrat en RCA, a pour principal partenaire Tamoil S.A, société née sur les cendres de TotalEnergies RCA. La filiale de Rochefort & Associés était pourtant sur une bonne lancée : elle a réussi le pari de relancer le fonctionnement des 28 stations de sa prédécesseure. Elle s’est, malheureusement, trop tôt enfermée dans le cercle vicieux de l’endettement, en accumulant sur une très courte période des impayés à hauteur de 2,5 millions d’euros auprès de son fournisseur. Or, sur la base des clauses contractuelles entre les parties, le marqueteur français doit payer cash les livraisons de produits pétroliers, l’objectif étant que le marché centrafricain soit régulièrement approvisionné par Neptune Oil et que la stabilité soit assurée au niveau des prix. A Bangui, certains soupçonnent tout de même la société Tamoil de multiplier des manœuvres de déstabilisation envers Neptune Oil avec qui elle était en concurrence pour le contrat exclusif d’importation des produits pétroliers en RCA.








