Pour chaque baril produit, le Gabon tire nettement moins de recettes que certains de ses voisins de la CEMAC. Dans sa Revue des finances publiques du Gabon 2026, la Banque mondiale estime qu’en 2022, l’État gabonais a perçu en moyenne 31,1 dollars par baril, contre 47,6 dollars au Tchad et 90,5 dollars au Cameroun. Un écart d’autant plus significatif que le cours mondial du pétrole avoisinait alors les 100 dollars. « Les recettes par baril du Gabon ont été sensiblement inférieures à celles de la plupart des pays de la CEMAC », relève l’institution.
La Banque mondiale pointe notamment la grande flexibilité du cadre fiscal pétrolier gabonais. Contrairement à des régimes plus standardisés, celui-ci laisse une place importante à la négociation des conditions fiscales projet par projet. Une souplesse qui peut aboutir, selon l’institution, à une répartition inégale de la charge fiscale entre les opérateurs et à des recettes sous-optimales pour l’État. Les écarts observés en 2022 sont révélateurs : TotalEnergies a généré 54 dollars de recettes publiques par baril produit, contre 20,5 dollars pour Perenco et seulement 12 dollars pour Stream Oil. Autrement dit, selon l’opérateur, le rendement d’un même baril pour les finances publiques gabonaises pouvait varier de plus de quatre fois.
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Ce déficit est d'autant plus inquiétant que le Gabon voit sa production baisser progressivement à cause du vieillissement de ses puits. Bien que le pays reste un géant régional avec 224 000 barils produits par jour en 2024 (loin devant les quelque 20 millions de barils annuels du Cameroun la même année), son modèle d'imposition le pénalise lourdement. Sur la base des chiffres de 2022, si Libreville avait appliqué les règles camerounaises, la part de l'État dans les bénéfices aurait atteint 543 milliards de FCFA, au lieu des 381,3 milliards réellement collectés.
Recommandations
Pour augmenter la part des revenus pétroliers qui revient à l’État, la Banque mondiale recommande au Gabon de revoir son dispositif fiscal. L’objectif : rendre certains prélèvements plus progressifs afin que les recettes publiques augmentent davantage lorsque les cours du pétrole s’envolent, sans nécessairement alourdir la fiscalité lorsque les prix sont bas. L’institution appelle également à renforcer le contrôle des coûts déclarés par les compagnies pétrolières. Ces dépenses étant prises en compte dans le calcul des revenus imposables et dans les mécanismes de récupération des coûts, leur vérification constitue un levier important pour protéger les recettes de l’État. La Banque mondiale préconise notamment des audits plus rigoureux afin de s’assurer que le Gabon capte une plus grande part de la rente générée par son secteur pétrolier.
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