Dans son rapport intitulé Revue des finances publiques édition 2026, la Banque mondiale s'inquiète de la situation financière de six entreprises publiques « stratégiques » du Gabon. En 2024 par exemple, ces entités ont généré des recettes de 1 402,8 milliards FCFA, mais ont supporté une dette de 1 064 milliards FCFA. Or, leurs capitaux propres se sont établis à 382,2 milliards FCFA, pour des bénéfices de seulement 17,8 milliards FCFA. Un niveau de rentabilité très faible au regard de l'endettement et de l'activité déployée. « Les six entreprises publiques du Gabon présentent une situation mitigée en matière de performance, mais globalement préoccupante au vu de risques budgétaires et économiques significatifs », souligne l'institution de Bretton Woods.
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Parmi ces entreprises, trois sont particulièrement exposées, car elles ont enregistré des pertes nettes en 2024. Le Fonds gabonais d'investissements stratégiques (FGIS) -0,9 milliard FCFA), la Société équatoriale des mines (SEM) -3,1 milliards de FCFA) et la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) -42,9 milliards de FCFA. Celle-ci affiche également des fonds propres négatifs de 90,7 milliards de FCFA sur la période sous revue, ainsi qu'une dette de 79,9 milliards FCFA, supérieure au seuil de 0,5 % du PIB. Deux autres entités dépassent largement ce ratio d'endettement : la compagnie nationale pétrolière (GOC), avec une dette de 861,3 milliards FCFA, et la Caisse des dépôts et consignations (CDC), avec 68,6 milliards FCFA.
Rachat d'Assala Energy
La Banque mondiale souligne que la CDC et le FGIS, les deux principaux véhicules d'investissement de l'État, gèrent respectivement des portefeuilles de 152 et 354 milliards FCFA, mais font tous deux face à des défis de performance. Selon l'institution, « depuis 2021 la CDC a déprécié 43 % du montant investi, a vu ses actifs nets chuter de 19 % et a contracté un prêt à coût élevé avec des taux d'intérêt moyens de 11 %. Le FGIS, quant à lui, détient des actifs en grande partie illiquides, des radiations héritées du passé et une filiale quasi insolvable (SETEG) qui menace le recouvrement partiel des prêts ». Ce qui suggère que la gestion de ces portefeuilles publics devra être renforcée, faute de quoi l'État pourrait être appelé à éponger les pertes.
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La GOC, pour sa part, a servi à l'État pour acquérir de grandes sociétés pétrolières. Le rachat d'Assala Energy a porté ses recettes à 571 milliards FCFA et son résultat net à 49 milliards en 2024, avec des flux de dividendes importants pour l'État. Mais cette expansion a un coût : sa dette, auparavant minime, atteint 861,3 milliards FCFA, soit 5,2 % du PIB ajouté à cela, les arriérés envers les fournisseurs, les crédits de TVA non remboursés et les difficultés de rapatriement des devises qui aggravent encore les risques budgétaires.
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La situation est particulièrement préoccupante pour la SEEG, l’ancienne société nationale d'eau et d'électricité, qui peut être considérée comme « effectivement insolvable », compte tenu de ses fonds propres négatifs et de « pertes cumulées dépassant 127 milliards de FCFA ». Plusieurs facteurs l'expliquent : un gel des tarifs depuis 2018, la hausse des coûts, des pertes techniques élevées (près de 30 % pour l'électricité et 56 % pour l'eau en 2024) et un recouvrement limité des factures, y compris auprès des entités publiques. La SEEG a récemment été scindée en deux entités autonomes, l'eau d'un côté et l'électricité de l'autre, mais « sa viabilité financière reste un défi majeur », prévient la Banque mondiale.
Enfin, la SEM et la Société de patrimoine des infrastructures numériques (SPIN), plus petites, présentent aussi des risques. Les revenus de la SEM ont été réduits de près de moitié en 2024, en raison d'un déficit net croissant et de défis de gouvernance non résolus. Ceux de la SPIN ont diminué quasiment de moitié à 0,2 milliards FCFA et un PPP sur un réseau majeur de fibre optique n'a pas été finalisé.














