Quatre ans après un premier recensement mené en 2022, le gouvernement camerounais prépare une mise à jour des comptes des administrations publiques ouverts dans les banques commerciales. La réforme intervient dans un contexte de forte progression de ces fonds, passés de 450 milliards de F CFA en 2022 à près de 1 000 milliards à fin juin 2026, un bond de 200 % en quatre ans. Ces données ont été communiquées le 29 septembre lors d'un atelier présidé par le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, destiné à sensibiliser les banques sur l'urgence, pour l'État, d'actualiser le recensement des ressources publiques encore logées hors du Compte unique du Trésor (CUT).
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Ce nouveau recensement vise à établir avec précision où se trouvent les ressources publiques, à combien elles s'élèvent et comment elles sont gérées, afin d'organiser leur centralisation au niveau du Trésor. Il doit ainsi permettre, selon le Minfi, « une meilleure visibilité sur la trésorerie de l'État », « une programmation plus efficace des dépenses et des paiements », davantage de « transparence et de traçabilité », ainsi qu'une « meilleure maîtrise des besoins de financement à court terme ».
Mise au point
Pour Louis Paul Motaze, cette démarche s'inscrit dans une réforme engagée dès 2011 avec le soutien de la Banque mondiale, dont les dispositions communautaires ont été transposées dans le droit camerounais en 2018. Le ministre entend surtout dissiper un malentendu récurrent : « Contrairement à ce qu'on laisse souvent croire, il ne s'agit pas pour l'État de déposséder les établissements publics et les différentes collectivités territoriales de leurs ressources. Il s'agit pour l'État d'avoir une vue d'ensemble des dépôts financiers dont il dispose pour faire face à certaines contraintes, notamment d'ordre sécuritaire », a-t-il expliqué au quotidien public Cameroon Tribune.
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Cette mise au point anticipe les réticences déjà exprimées par les collectivités territoriales décentralisées (CTD) et les établissements publics. Lors des états généraux sur la gestion des déchets urbains, tenus en mai 2025, la banque des CTD et les collectivités elles-mêmes avaient plaidé pour la création d'un compte d'affectation spéciale, distinct du CUT, afin de cantonner les ressources issues des droits d'accises et des subventions directes de l'État — et de garantir un paiement « régulier des prestations des opérateurs de collecte des déchets ». Plus d'un an après, cette demande reste lettre morte, ce qui nourrit les craintes de voir les ressources locales absorbées par la centralisation.
Tensions de trésorerie
Au-delà de l'objectif de centralisation, le gouvernement reconnaît que l'opération intervient dans un contexte budgétaire contraint. Louis Paul Motaze évoque en filigrane des tensions de trésorerie : « Les temps sont difficiles, et le Cameroun, qui est un petit pays pétrolier, a une production tendanciellement à la baisse, avec dans le même temps des crises sécuritaires à gérer, qui ne s'estompent pas. » Le Minfi anticipe également la critique consistant à accuser l'État d'utiliser « l'argent des autres », en rappelant que ces fonds proviennent de subventions versées par l'État lui-même et sont simplement détenus par des banques commerciales.
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En attendant le lancement du recensement et la consolidation des résultats, les premières tendances publiées dans la presse gouvernementale montrent que sept banques concentrent déjà 80 % de ces dépôts, parmi lesquelles AFG Bank Cameroun (près de 40 %), UBA (11 %), CCA Bank (près de 9 %) et Commercial Bank Cameroon (8 %).
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