À Bangui, le scénario d’un nouveau réajustement des prix des carburants à la pompe se précise. Réuni le 24 septembre avec les partenaires sociaux, le gouvernement a expliqué la nécessité d’absorber le choc provoqué par la flambée des cours mondiaux du pétrole. Si aucun nouveau tarif n’est encore officiellement arrêté, le dossier est sur la table du Premier ministre Félix Moloua depuis quelques jours. La nouvelle inquiète dans un pays où le litre de carburant est déjà le plus élevé de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique (CEMAC).
La dernière grande hausse, qui remonte à janvier 2023, avait consacré le passage du prix du litre de super de 865 à 1 300 Fcfa, en hausse de +435 Fcfa (+50,3%). Le gasoil, lui, avait bondi de 855 à 1 450 Fcfa, soit +595 Fcfa (+69,6%). Une légère baisse intervenue en mai 2025 a ramené les tarifs à 1 050 Fcfa pour le super et 1 250 Fcfa pour le gasoil. C’est sur cette base que se prépare aujourd’hui le prochain ajustement annoncé par la ministre du Travail, Annie Michelle Mouanga.
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« Actuellement, nous sommes en crise, et cette crise est mondiale. Et entre autres, ce qui nous concerne en Centrafrique, c’est l’enjeu relatif aux hydrocarbures. Le prix a augmenté mondialement, donc ça va se répercuter en République centrafricaine. C’est pour cette raison que, sous la conduite du Premier ministre, chef du gouvernement, nous avons entamé depuis la semaine dernière des rencontres et des échanges pour voir, en concertation, comment on peut amorcer ce choc qui va arriver, c’est-à-dire, la hausse des prix des carburants », a-t-elle lancé face aux syndicats.
A travers ces concertations, le gouvernement prépare en effet le terrain pour une mesure hautement sensible, alors même que la spéculation sur les prix des produits pétroliers font rage en Centrafrique. « Il faut savoir que depuis quelque temps, comme il y a déjà l’augmentation, mais d’une manière informelle, le gouvernement a le devoir de réguler et de faire en sorte que la population ne puisse pas être impactée. C’est pour cette raison qu’un comité interministériel a été mis en place. Nous avons travaillé avec les marketeurs qui sont nos partenaires », poursuit la ministre. « Aujourd’hui, le Premier ministre a donné les tenants et les aboutissants à nos partenaires sociaux. Eux aussi ont fait des observations et des suggestions », ajoute-t-elle.
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Une manière de reconnaître que l’ajustement envisagé devra composer avec une économie déjà fragilisée par le renchérissement du transport et des produits importés. Dans un récent rapport, la Banque mondiale classait la RCA parmi les pays de la CEMAC les plus exposés au choc pétrolier lié à la guerre au Moyen-Orient, en raison du fait que le pays importe l’intégralité de ses besoins en carburants. Le Fonds monétaire international (FMI), de son côté, projette pour fin 2026 un repli de l’inflation autour de 3,3%, après 4,6% en 2025.
Le parrain russe à la rescousse ?
Une nouvelle hausse des prix à la pompe fait donc planer le risque d’une remontée des tensions inflationnistes, tirées par les cours des transports et des denrées importées. La République centrafricaine est, pour l’heure, le pays de la sous-région où le spectre d’une hausse généralisée des prix, drivée par les produits pétroliers, est plus prégnant. Dans les cinq autres Etats de cet espace économique, la hausse du brut observée depuis le déclenchement de la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran soutient plutôt les recettes des publiques, même si la baisse des volumes limite ce gain.
Au Congo, par exemple, le prix de référence du brut retenu pour 2026 a ainsi été relevé de 60,3 à 67 dollars le baril (+11%), avec des perspectives de recettes améliorées. Au Gabon, l’hypothèse est passée de 65,2 à 75 dollars (+15%). Une nouvelle aide russe en carburants reste cependant une carte susceptible de rebattre les calculs de Bangui. Fin février 2026, l’ambassadeur de Russie en RCA, Alexandre Bikantov, avait annoncé un nouveau don en carburants et lubrifiants de son pays au profit de la Centrafrique cette année, sans en préciser le volume. Moscou avait déjà livré 29 400 tonnes de gazole en janvier 2025 au titre de l’aide humanitaire.












