Le courrier est sans ambiguïté. Dans une correspondance datée du 25 août 2026 et adressée au président camerounais Paul Biya, Viettel Global Investment demande aux autorités de protéger les droits qu’il revendique toujours dans Viettel Cameroon, opérateur de la marque Nexttel, malgré son retrait annoncé du marché camerounais il y a trois ans. « Viettel Global demeure l'actionnaire légal à 70 % de Viettel Cameroon et, à ce titre, conserve tous les droits d'actionnaire et d'investisseur liés à la société et à ses activités de télécommunications au Cameroun », affirme le groupe vietnamien dans le courrier consulté par EcoMatin.
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Hanoï demande surtout à Yaoundé de ne reconnaître aucun nouvel actionnaire, investisseur ou partenaire susceptible de le remplacer, directement ou indirectement, sans son consentement écrit préalable ou une décision définitive d'une autorité compétente. Viettel réclame également qu'aucun transfert, renouvellement ou changement substantiel de la licence de Viettel Cameroon ne soit autorisé s'il est susceptible de porter atteinte aux droits qu'il revendique.
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L'enjeu est d'autant plus pressant que, selon Viettel, la licence actuelle expire en décembre 2027. Le groupe demande donc au chef de l'État de veiller à ce que les décisions du gouvernement et du régulateur préservent ses intérêts jusqu'au règlement définitif du différend. Cette offensive tranche avec le scénario d'un retrait définitif du groupe vietnamien, largement relayé depuis 2023, alors que Nexttel recherchait de nouveaux partenaires. Elle intervient également alors que l'intérêt d'autres investisseurs, dont Axian Telecom, a été évoqué ces dernières années.
Une rupture qui remonte à 2018
Viettel Global et Bestinver Cameroon, contrôlé par l'homme d'affaires Baba Ahmadou Danpullo, s'étaient associés au début des années 2010 pour lancer le troisième opérateur mobile camerounais. Viettel détenait 70 % du capital et Bestinver 30 %. Lancé commercialement en 2014, Nexttel avait rapidement bousculé le duopole MTN-Orange grâce notamment à son implantation dans les zones moins couvertes. En 2017, l'opérateur comptait environ 4,5 millions d'abonnés. Viettel Global avait alors engagé près de 201 milliards de FCFA dans sa filiale camerounaise sous forme de capital, prêts d'actionnaires et autres concours commerciaux.
Mais à partir de 2018, les relations entre les deux actionnaires se dégradent sur la gouvernance et le contrôle opérationnel. Le conflit se déplace rapidement devant les tribunaux. Bestinver saisit la justice camerounaise, tandis que Viettel invoque une clause du pacte d'actionnaires renvoyant les différends au Singapore International Arbitration Centre (SIAC). Après plusieurs décisions contradictoires au Cameroun, Viettel porte l'affaire devant la Cour commune de justice et d'arbitrage (CCJA) de l'Ohada.
Dans un arrêt rendu le 11 juillet 2024, celle-ci casse les décisions de la Cour d'appel du Littoral et confirme l'applicabilité de la clause compromissoire au différend entre les deux actionnaires. Elle rétablit ainsi la décision par laquelle le Tribunal de grande instance du Wouri s'était déclaré incompétent au profit de l'arbitrage. Cette décision ne tranche toutefois pas la propriété définitive des participations aujourd'hui revendiquées. C'est précisément sur cette absence de règlement définitif que Viettel s'appuie désormais pour demander aux autorités camerounaises de ne reconnaître aucun investisseur appelé à le remplacer.
Nexttel a décroché entre-temps
Pendant cette bataille, l'opérateur a perdu l'essentiel de son poids sur le marché. En 2021, la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, décrivait déjà Nexttel comme « presque […] insolvable », avec environ 60 milliards de FCFA de dettes, alors que son parc d'abonnés actifs était tombé à quelque 2,8 millions. Les difficultés se sont ensuite aggravées. En mai 2023, l'Agence de régulation des télécommunications (ART) a infligé à Viettel/Nexttel une pénalité de 1,6 milliard de FCFA pour des manquements répétés à ses obligations de couverture et de qualité de service.
C'est pourtant sur cet actif très affaibli que Viettel réaffirme aujourd'hui ses prétentions. Le groupe dit rester « engagé au Cameroun » et se déclare prêt à fournir aux autorités tous les documents nécessaires pour étayer ses droits revendiqués dans Viettel Cameroon.
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