Selon les informations d’EcoMatin, la Haute Cour de la cité-État a validé, le 2 octobre, les décisions prises huit mois plus tôt par certains actionnaires d’Investment Beverage Business Management (IBBM), structure qui chapeaute IBFF, la société de gestion du fonds du Groupe Castel à travers lequel sont détenus indirectement les actifs de l’empire familial. Au cœur du litige, les droits de vote de Romy Castel, fille du fondateur Pierre Castel, dont la justice a reconnu la validité. Cette décision conforte ainsi la révocation de Grégory Clerc et Pierre Baer de leurs postes d’administrateurs d’IBBM, votée lors de l’assemblée générale du 2 février.
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Le jugement ouvre désormais la voie à une recomposition du conseil d’administration d’IBBM. Chua Pin, François Wertheimer et Philippe Damas doivent rejoindre Romy Castel au sein de l’instance, sous réserve du feu vert de l’Autorité monétaire de Singapour (MAS). « Cette décision consacre la volonté exprimée par les actionnaires et marque le retour à une gouvernance transparente, compétente et fidèle à ce que mon père a construit », a réagi la fille unique de Pierre Castel dans un communiqué transmis à EcoMatin.
« Cette décision met fin à huit mois d'efforts de M. Clerc pour se maintenir à tout prix au sein d'IBBM, la holding du groupe, où il ne dispose d'aucune légitimité », s'est félicitée Mme Castel qui espère, en cascade, le démettre de la direction générale de DF Holding. Mais l'entourage de Gregory Clerc a immédiatement répondu que cette décision « ne modifie en rien la gouvernance opérationnelle du Groupe Castel » car « IBBM n'est pas la société mère du groupe Castel et sa gouvernance ne joue aucun rôle dans le fonctionnement opérationnel du Groupe ».
Batailles de pouvoir
Fondé à Bordeaux en 1949 par Pierre Castel, aujourd'hui âgé de 99 ans, le groupe Castel emploie environ 40 000 personnes et a réalisé 6,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024. Il est organisé autour de trois pôles opérationnels -Castel Vins, Castel Afrique et l'agro-industrie avec Somdia- rattachés à la holding luxembourgeoise DF Holding, elle-même détenue par Cassiopée et, in fine, par des structures de trust. Selon la volonté Pierre Castel, fondateur du Groupe, le Groupe Castel demeure détenu par des trusts garants d’un contrôle professionnel et indépendant de ses activités.
Par ailleurs, le temps d’IBBM serait compté. Cassiopée et DF Holding annoncent que les trustees d’IBBF ont engagé « depuis plusieurs mois » le remplacement d’IBBM comme gestionnaire du fonds au profit d’un nouveau gestionnaire, présenté comme « professionnel, pleinement indépendant et agréé ». Selon eux, il a même déjà été choisi. À l’issue de ce changement, Romy Castel et ses alliés contrôleraient le conseil d’IBBM mais ce dernier n’aurait plus aucun contrôle sur IBBF. Selon les informations d’EcoMatin, Romy Castel a saisi la justice singapourienne pour tenter de suspendre ce processus de remplacement.
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Légitimité familiale
Parallèlement, un autre communiqué, attribué aux représentants de plusieurs branches de la famille Castel et diffusé le même jour, est venu renforcer la contestation. Ses auteurs indiquent que dix des douze bénéficiaires économiques concernés se sont prononcés contre le maintien d’IBBM « dans sa configuration actuelle » et dénoncent une démarche de Romy Castel menée « sans consultation préalable des autres branches familiales ». Selon eux, Alain et Philippe Castel, qui soutiennent Romy Castel, ne sont pas eux-mêmes bénéficiaires économiques. « Romy Castel ne peut parler au nom de toute la famille. Un bénéficiaire représentant 20 % des intérêts économiques ne peut prétendre décider seul pour l’ensemble des bénéficiaires », déclarent les représentants de ces branches, qui assurent que dix bénéficiaires sur douze ont demandé qu’IBBM ne soit pas maintenu dans sa configuration actuelle.
« Le nombre de bénéficiaires ne correspond pas au poids réel des droits détenus », réplique le camp Romy, en affirmant que l’architecture historique repose sur cinq trusts correspondant aux cinq branches familiales et représentant chacun 20 %. Selon cette lecture, « il est donc fallacieux d’assimiler mécaniquement un nombre de bénéficiaires à un pourcentage de droits ». Les représentants de Romy Castel soutiennent en outre que le seuil pertinent pour remplacer IBBM serait de 80 % des droits concernés. « La question n’est donc pas de savoir s’il existe “10 bénéficiaires sur 12”, mais si les personnes invoquées représentent effectivement 80 % des droits requis », font-ils valoir.
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Procédures judiciaires
Cette fracture familiale s’est progressivement propagée aux différentes sociétés du Groupe. Romy Castel a notamment été écartée des conseils d’administration de Castel Vins et de Somdia. Le bras de fer a également quitté les seules salles de conseil pour gagner les tribunaux de plusieurs pays. À Genève, Romy Castel a porté plainte contre Grégory Clerc pour « gestion déloyale » et « blanchiment d’argent », pour des faits qu’elle rattache à l’époque où celui-ci était son avocat fiscaliste personnel. Elle est elle-même mise en prévention pour faux et usage de faux, Grégory Clerc l’accusant d’avoir utilisé une procuration portant une signature usurpée de Pierre Castel.
Au Luxembourg, Alain Castel a également porté plainte contre Grégory Clerc pour abus de biens sociaux, notamment autour de sa rémunération. La procédure a toutefois été très vite classée sans suite dès le 31 juillet.
La décision rendue à Singapour est donc loin de refermer le brûlant dossier autour du contrôle de l’empire familial.
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