La bataille pour le contrôle de l'empire Castel s'intensifie. Réunis vendredi 26 juin à Blanquefort, dans la périphérie de Bordeaux, en France, lieu du siège de Castel Vins, les actionnaires de la société ont révoqué des fonctions d'administrateurs de cette filiale historique Romy Castel, fille unique de Pierre Castel, fondateur du groupe – aujourd'hui âgé de 99 ans – et Alain Castel, son cousin germain.
Cette décision a été prise par DF Holding, structure luxembourgeoise qui détient 99,99 % de Castel Vins. Dans un communiqué, DF Holding affirme que les deux héritiers ont, « depuis plusieurs mois, multiplié des actions incompatibles avec les intérêts du groupe et le bon fonctionnement de sa gouvernance ». Elle estime notamment que « les conditions de confiance et de coopération nécessaires » au maintien de Romy Castel n'étaient plus réunies et que certains constats rendaient « incompatible la poursuite du mandat d'Alain Castel avec les exigences de bonne gouvernance du groupe».
La structure luxembourgeoise a donc désigné, en remplacement, DF Holding SA et Jean-Charles Morisseau, président de Bordeaux Vignobles Advisory. Selon elle, ces nominations doivent permettre de « renforcer la gouvernance de Castel Vins », de préserver les intérêts du groupe et « d'assurer la poursuite de son développement dans un cadre stable ».
Un « accaparement »
Castel Vins constitue le berceau historique de l'empire fondé par Pierre Castel. La société regroupe l'ensemble des activités viticoles du groupe, soit 23 châteaux et domaines, six maisons de négoce, deux plateformes de commerce en ligne ainsi que le réseau de cavistes Maison Nicolas. Alain Castel dirigeait cette branche depuis 2006. Les deux héritiers contestent toutefois cette décision « avec la plus grande fermeté ». Dans leur propre communiqué, Romy Castel et Alain Castel dénoncent « une nouvelle étape » dans ce qu'ils qualifient d'« accaparement » du groupe par Grégory Clerc, directeur général du groupe Castel et ancien conseiller fiscal de Pierre Castel. « Comment celui qui prétend incarner les valeurs de mon père peut-il en révoquer la fille ? En m'écartant, Grégory Clerc révèle le vrai visage de son projet : faire taire tous ceux qui lui résistent pour s'approprier ce que mon père a bâti », affirme Romy Castel.
LIRE AUSSI : Boissons : après une hausse de 6% de ses ventes, Castel veut « conforter son leadership » africain en 2026
Les deux héritiers soupçonnent par ailleurs l'actuelle direction de préparer, à terme, la cession de Castel Vins, une hypothèse catégoriquement rejetée par DF Holding.
La Sosucam, nouveau front de la bataille
Cette escalade intervient moins d'une semaine après un premier affrontement autour des activités africaines du groupe. Le 22 juin dernier, Romy Castel a publiquement accusé la direction de vouloir céder les 88,36 % détenus par Somdia dans la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), dénonçant une stratégie consistant à « vendre plutôt que d'investir et relancer, démanteler plutôt que de consolider ». Elle promettait même que, « dès la révocation de Grégory Clerc », elle présenterait aux autorités camerounaises un plan d'investissement destiné à développer la Sosucam, en mobilisant notamment « la solidité financière des filiales du groupe, en commençant par Boissons du Cameroun ».
Le conseil d'administration de Somdia avait aussitôt répliqué en rappelant que Romy Castel siégeait elle-même au conseil d'administration de la société et avait été « valablement convoquée » aux cinq réunions organisées entre novembre 2025 et juin 2026. Réunions au cours desquelles les différentes options concernant la Sosucam avaient été examinées.
Dans une interview exclusive accordée la semaine dernière à EcoMatin, Grégory Clerc a confirmé que Somdia avait bien engagé des discussions avec l'État camerounais sur une éventuelle cession de ses parts, tout en réfutant l'idée d'un retrait du groupe de l'agro-industrie africaine. « Notre priorité à court terme est de construire une solution positive, pérenne et équilibrée permettant de préparer sereinement la prochaine campagne, en étroite concertation avec les autorités », expliquait-il. Yaoundé, qui a marqué son accord pour le départ de Somdia a toutefois fixé quelques préalables au rang desquels la couverture de la campagne sucrière qui s’étend de novembre 2026 à mai 2027, ainsi que la mise en place d’un comité stratégique chargé d'encadrer le processus de cession des actions du groupe français.
Une bataille au-delà du vin et du sucre
L'éviction de Romy et Alain Castel constitue le dernier épisode d'une lutte de pouvoir engagée depuis la nomination de Grégory Clerc à la direction générale du groupe en octobre 2023. Les deux héritiers lui reprochent d'avoir progressivement consolidé son contrôle sur les principales holdings de l'empire familial et avaient déjà demandé sa démission en décembre dernier, avant de tenter, sans succès, de le faire écarter d'Investment Beverage Business Management (IBBM), la société singapourienne, qui occupe une position centrale dans la gouvernance du groupe. Grégory Clerc, qui conteste ces accusations, affirme pour sa part exercer les responsabilités que lui a confiées Pierre Castel et bénéficier du soutien des organes de gouvernance.
LIRE AUSSI : Le groupe Castel confronté à un redressement fiscal, sur fond de dissensions internes

