Intervenant le 25 septembre au Forum d'affaires France-Tchad, à Paris, Olivier Parent, directeur général de Somdia, filiale agro-industrielle du groupe Castel, a annoncé la volonté du groupe de mobiliser « plusieurs dizaines de millions d'euros » pour développer son activité au Tchad. Le montant précis n'a pas été communiqué, mais le programme présenté laisse entrevoir une transformation importante de l'outil industriel de la Compagnie sucrière du Tchad (CST).
« Dans un contexte de marché régulier, nous (Somdia) sommes prêts à investir plusieurs dizaines de millions d’euros pour augmenter notre production de sucre, développer de nouvelles filières, créer des emplois, développer les compétences locales par la formation et continuer à faire progresser l’entreprise au Tchad », déclare Olivier Parent.
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Le groupe vise ainsi une capacité de 50 000 tonnes par an d'ici cinq ans, soit une hausse de plus de 40 % par rapport au niveau actuel. Implantée à Banda, dans le Moyen-Chari, la CST dispose aujourd'hui d'une capacité installée de 35 000 tonnes par an. Selon Olivier Parent, elle est la plus petite des quatre filiales sucrières de Somdia en Afrique, juste après celle du Congo, où la SARIS a dépassé les 80 000 tonnes produites en 2025.
Renforcer l’ancrage et se diversifier
Pour réussir son projet de développement, Somdia prévoit d'agir simultanément sur les trois composantes de la chaîne : agricole, industrielle et énergétique. Le groupe veut moderniser son outil industriel et renforcer son dispositif énergétique avec la construction d'un champ solaire de 7 mégawatts. L'objectif est double : améliorer la disponibilité de l'énergie pour la sucrerie et réduire la dépendance de l'exploitation aux sources conventionnelles. Sur le volet agricole, le programme prévoit d'étendre de 2 000 hectares supplémentaires le périmètre exploité. La Compagnie sucrière du Tchad (CST) dispose déjà d'un périmètre sucrier de 11 000 hectares, dont 3 700 sont exploités à ce jour, via des plantations irriguées le long du Chari.
Au-delà de la filière sucre, Olivier Parent a aussi évoqué l'ambition de développer des cultures céréalières pour faire émerger une filière d'alimentation animale. « Nous avons un ensemble de projets de diversification, avec des cultures céréalières de maïs, de mil, de sorgho, que nous voulons développer pour lancer une nouvelle filière, celle de l'alimentation animale, avec si possible la mise en place de fermes d'élevage », a-t-il indiqué, sans donner plus de précisions.
La concurrence du sucre importé
Lors de cet entretien, Olivier Parent a évoqué une contrainte majeure pour le plan d'investissement : la dépendance du pays aux importations. Selon le dirigeant, le marché tchadien du sucre représente environ 270 000 tonnes par an, contre seulement 35 000 tonnes produites par la CST. Cette estimation est cohérente avec les données de l'Institut national de la statistique (Inseed). Le pays a importé 220 947 tonnes de sucre en 2025, principalement du Brésil, d'Inde, de France et de Côte d'Ivoire, pour 47,9 milliards FCFA.
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Même portée à 50 000 tonnes, la production locale de Somdia ne couvrirait ainsi qu'environ 18,5 % de ce marché théorique, contre près de 13 % actuellement. Pour corriger durablement ce déséquilibre, qui pèse sur la balance commerciale, Olivier Parent se dit disposé à discuter avec les autorités tchadiennes de la mise en place d'un système de régulation du marché du sucre. Celui-ci offrirait aux industriels un environnement « stable, lisible et durable ». « Tous les acteurs auront à y gagner : ce sera pour nous, investisseurs, un débouché sécurisé, et pour l'État tchadien des ressources fiscales sécurisées », soutient-il.
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À noter que cette annonce intervient alors que Somdia réorganise son portefeuille industriel en Afrique. Le groupe ouvre un nouveau cycle d'investissements de 100 milliards FCFA en Côte d'Ivoire pour renforcer sa filiale SUCAF Côte d'Ivoire (135 000 tonnes par an). Parallèlement, il prépare son retrait de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), dont il détient 82 % du capital. Deux offres sont en concurrence : celle d'un consortium d'investisseurs camerounais, qui propose un programme de relance de 210 millions d'euros (environ 138 milliards FCFA), et celle du groupe kényan Kipshimshim, qui promet 304 millions d'euros (près de 200 milliards FCFA).
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