Le marché tchadien des produits pétroliers montre des signes de contraction. Selon le rapport mensuel de l’Autorité de régulation du secteur pétrolier aval du Tchad (ARSAT), publié fin octobre, la consommation nationale de gazole a reculé de 19,5 % en septembre 2026 par rapport au mois précédent, à 27,7 millions de litres. Celle de l’essence a diminué de 6,8 %, à 29,9 millions de litres. Le Jet A1, le fioul lourd et le polypropylène affichent eux aussi des baisses, respectivement de 1 %, 70,9 % et 10,8 %. Seul le gaz de pétrole liquéfié (GPL) progresse, de 13,9 %, à près de 10,95 millions de kilogrammes.
Cette évolution est notable : hors GPL, les principales catégories de produits pétroliers suivies par le régulateur sont simultanément orientées à la baisse. Elle intervient alors que l’arrêt de la Nouvelle raffinerie de Djarmaya, pour une opération de maintenance générale, a été annoncé du 15 octobre au 30 novembre 2026. Les chiffres de septembre précèdent toutefois cette suspension : ils traduisent un ralentissement déjà engagé, et non un effet statistique de l’arrêt d’octobre.
Les importations ne compensent pas le recul de la raffinerie
Les données de l’ARSAT montrent que les enlèvements de produits issus de Djarmaya ont reculé dans toutes les catégories en septembre. La baisse atteint 42 % pour le gazole, à 14,38 millions de litres, et 4 % pour l’essence, à 22,6 millions de litres. Le fioul lourd chute de 71 %, tandis que les volumes de GPL et de polypropylène diminuent respectivement de 6 % et 11 %. Les importations n’ont pas comblé ce repli. Le Tchad a importé 13,31 millions de litres de gazole, en hausse de 5 % par rapport à août, mais seulement 7,31 millions de litres d’essence, en baisse de 15 %. Les entrées de GPL ont progressé de 24 %, à 7,32 millions de kilogrammes.
Le Cameroun reste le principal corridor d’approvisionnement déclaré, avec 12,24 millions de litres de gazole et 7,3 millions de litres d’essence. Le Nigeria a fourni 1,07 million de litres de gazole. Le Niger figure toujours parmi les circuits d’importation mentionnés par l’ARSAT, notamment via Zinder-Daboua, mais aucun volume en provenance de ce pays n’a été enregistré en septembre. Selon les données mensuelles disponibles, cette absence dure depuis mai. La situation s’est durcie en octobre. Par un arrêté signé le 12 octobre et rendu public le 17, le Niger a interdit l’exportation d’essence super et de gazole, afin de réserver sa production au marché intérieur. Toute exportation de surplus doit désormais faire l’objet d’une autorisation spéciale. Cette décision réduit les possibilités de diversification des approvisionnements tchadiens par ce corridor.
Des tensions visibles sur le marché
Sur le terrain, les difficultés d’approvisionnement se traduisent par des files d’attente dans les stations-service, des prix élevés dans les circuits informels et des perturbations des déplacements. À N’Djamena, des médias locaux ont rapporté en octobre des ventes de carburant à 700 FCFA le litre pour l’essence et 800 FCFA pour le gazole dans certaines stations. À Moundou, le litre d’essence atteignait 1 200 FCFA. À Pala, le 27 octobre, des vendeurs informels proposaient même le litre à 1 500 FCFA, selon des témoignages recueillis par Manara Radio Télévision.
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Ces tensions contrastent avec les assurances de l’ARSAT, qui affirme que les stocks disponibles peuvent couvrir les besoins nationaux pendant au moins 100 jours. Le régulateur évoque notamment des difficultés de distribution et des pratiques susceptibles de favoriser des pénuries artificielles. La disponibilité des stocks ne garantit donc pas leur acheminement régulier vers les stations et les consommateurs.
Pour le Tchad, l’enjeu dépasse ainsi la seule maintenance de Djarmaya. La baisse des enlèvements, la compensation partielle par les importations et la restriction des exportations du Niger mettent en évidence la dépendance du marché à la continuité de la production locale et à la fiabilité des corridors régionaux. La capacité à mobiliser les stocks, à diversifier les fournisseurs et à contrôler la distribution reste déterminante pour limiter les tensions sur les prix et sur l’activité économique.












