Au Tchad, le secteur aval pétrolier traverse une zone de turbulences, nourrie par deux faits majeurs. L’unique raffinerie du pays, celle de Djarmaya, à une trentaine de kilomètres au nord de N’Djamena, est à l’arrêt depuis le 15 octobre 2026. Exploitée par le groupe chinois CNPC et l’État tchadien, elle a une capacité annoncée d’environ 20 000 barils par jour et couvre près de 60 % de la consommation nationale, selon les données disponibles. Une maintenance générale avait été annoncée dès le 14 mai 2026 dans une lettre de la ministre des Mines, du Pétrole et de la Géologie, Fatima Haram Acyl, à son homologue chargé de l’Eau et de l’Énergie. Le document prévoyait la suspension de la production du 15 octobre au 30 novembre. Selon des sources locales, l’arrêt s’accompagne déjà de tensions à la pompe et dans les dépôts de gaz.
Les autorités avaient rassuré l’opinion sur la continuité des livraisons, en misant sur les stocks de sécurité de la raffinerie et sur des importations complémentaires par les trois corridors historiques : le Cameroun, le Niger et le Nigeria. Un nouvel obstacle est toutefois apparu. Quelques jours après l’arrêt de Djarmaya, le Niger a annoncé l’interdiction d’exporter de l’essence et du gasoil, afin de privilégier son marché intérieur, dans un contexte de perturbations des marchés pétroliers mondiaux. Prise par le ministre nigérien du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, la mesure fait l’objet d’un arrêté rapporté le samedi 17 octobre 2026. Elle compromet un éventuel retour du corridor nigérien, qui était pourtant la première source extérieure de gasoil du Tchad au début de l’année.
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Entre janvier et avril 2026, le Niger représentait en effet 55,28 % des importations tchadiennes de gasoil, devant le Cameroun (36,26 %) et le Nigeria (8,46 %). Ses livraisons ont atteint 20 millions de litres sur la période : 4 millions en janvier, 8,7 millions en février, 7,1 millions en mars et 80 999 litres en avril. Acheminés depuis la raffinerie de Zinder, ces volumes entraient au Tchad principalement par la frontière de Daboua. Au total, le pays avait importé 36,3 millions de litres de gasoil, tous corridors confondus, durant ces quatre mois.
Flou sur Niamey
Les données de l’Autorité de régulation du secteur aval du pétrole (ARSAT) montrent toutefois que les approvisionnements tchadiens avaient évolué avant la décision de Niamey. Entre mai et août 2026, N’Djamena a importé 46,3 millions de litres de gasoil, soit plus que sur les quatre premiers mois de l’année, et aucune livraison en provenance du Niger n’a été enregistrée. Le corridor camerounais s’est progressivement imposé comme la principale voie d’approvisionnement, avec 9,2 millions de litres acheminés en août. Les flux nigérians ont repris à partir de juin, avec 4,8 millions de litres ce mois-là et 6,8 millions en juillet. Le marché tchadien avait donc déjà commencé à compenser l’absence des livraisons nigériennes. Contactée par EcoMatin pour préciser la portée de la décision nigérienne et ses conséquences sur le marché tchadien, l’ARSAT n’avait pas répondu au moment de la rédaction.
Des sources gouvernementales, citées par des médias locaux, indiquent que l’approvisionnement en fioul lourd, notamment utilisé pour produire de l’électricité, ne pose pas de difficulté particulière. Les autorités assurent aussi avoir pris des mesures pour éviter toute perturbation sur les autres produits pétroliers. Les réserves stratégiques dépasseraient 60 millions de litres, un volume présenté comme suffisant pour couvrir les besoins pendant toute la maintenance, voire au-delà.
Ces assurances contrastent toutefois avec les tensions signalées sur le terrain. Des files d’attente se multiplieraient dans les stations-service, et le litre de carburant atteindrait près de 1 500 F CFA sur le marché parallèle, contre 900 F CFA habituellement. Si ces difficultés se confirment, la capacité du Cameroun et du Nigeria à maintenir leurs volumes, ainsi que la disponibilité effective des stocks, seront déterminantes pour éviter une aggravation des tensions.












