La bataille pour le contrôle du Groupe Castel se déplace sur un nouveau terrain. Le 28 août, un communiqué titré « Les membres de la famille Castel se distancient de Madame Romy Castel » et signé par « les 4 branches majoritaires de la famille Castel » a apporté un soutien appuyé à la gouvernance actuelle du groupe dirigé par Gregory Clerc. Le texte présente Romy Castel et ses soutiens comme une « petite minorité » et appelle à préserver la « continuité » et la « stabilité » de la direction.
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L’épisode intervient à un moment particulier pour l’empire familial. Pierre Castel, qui aura 100 ans le 17 octobre, a bâti en plus de sept décennies un groupe aujourd’hui valorisé à 13,5 milliards d’euros, présent notamment dans le vin en France et la bière en Afrique. Depuis plusieurs mois, sa fille unique, Romy Castel, alliée à son cousin Alain, conteste la gouvernance en place de Gregory Clerc, choisi par le fondateur pour prendre les commandes du groupe en 2023. Le dirigeant est depuis engagé dans plusieurs procédures pour conserver ses mandats. Il faut savoir que l'empire Castel appartient à un fonds de droit singapourien dont les bénéficiaires sont répartis entre cinq branches familiales, chacune bénéficiant indirectement de 20 % des parts. Selon le communiqué, quatre de ces cinq branches soutiendraient donc la continuité de la direction, tandis que Romy Castel n'en représenterait qu'une.
Une majorité aussitôt contestée
Mais cette majorité affichée a été contestée dès le lendemain. Romy, Alain et Philippe Castel affirment n’avoir été « ni consultés, ni [avoir] donné mandat » pour ce communiqué, dont ils qualifient la signature de « mensongère ». Selon eux, seules des parties de deux branches familiales auraient en réalité soutenu le texte. Sébastien Couderc, représentant d’Alain Castel auprès des médias, conteste lui aussi la représentativité du communiqué. Romy constitue la branche de Pierre Castel, tandis qu’Alain et Philippe appartiennent à celle d’Angel Castel, fait-il valoir. Au moins deux des cinq branches seraient donc traversées par des positions divergentes, loin du front familial uni affiché. Une source proche du dossier indique au demeurant qu’Alain et Philippe Castel ne figurent pas parmi les bénéficiaires des trusts.
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« Avant vendredi dernier Romy Castel prétendait représenter toute la famille. Aujourd’hui hui elle reconnaît que deux branches sur cinq se désolidarisent d’elle. En réalité, il est évident, vu l’absence de démenti sur le communiqué familial publié, qu’au moins trois branches et demi sont en désaccord avec elle. Qu’il y en ait trois et demi ou quatre, cela fait toujours une majorité qui est opposé à sa tentative d’OPA sur le Groupe », précise Richard Malka, avocat de Gregory Clerc. Une lecture que récuse Thierry Marembert, avocat de Romy Castel. « La famille compte cinq branches. Deux d'entre elles, au mieux et sans qu'aucun document ne l'établisse, se rangeraient derrière la direction actuelle. Mais ces branches sont des bénéficiaires économiques : elles perçoivent des dividendes, elles ne décident de rien, et c'est précisément ce que Pierre Castel a voulu. La réalité est ailleurs et elle est judiciaire : Grégory Clerc et Pierre Baer sont suspendus par la Haute Cour de Singapour depuis sept mois, et le recours formé par Grégory Clerc contre cette suspension a été rejeté le 30 juillet. Cette tentative de diversion ne remettra en rien en cause le coup d'arrêt porté à l'accaparement du groupe », affirme-t-il.
Le groupe Castel est structuré de telle manière que ses bénéficiaires économiques ne sont pas directement associés à sa gestion, l'architecture mise en place par Pierre Castel dissociant patrimoine familial et contrôle des sociétés. Pour la gouvernance du Groupe Castel, le soutien d'une majorité des branches permet donc de conforter politiquement son maintien. Pour ses adversaires, la bataille se joue devant les tribunaux et au sein des structures qui contrôlent juridiquement l’empire.
L’Afrique comme moteur de croissance
Cette bataille de représentation se superpose aux procédures déjà engagées autour de la direction du groupe. Romy, Alain et Philippe Castel rappellent que la révocation de Gregory Clerc a été votée à plus de 70 % le 2 février et que la Haute Cour de Singapour a maintenu sa suspension le 30 juillet. Il convient de nuancer quelques peu ces propos. En effet, la Haute Cour de Singapour a maintenu l’injonction de Pierre Baer en Gregory Clerc, en attendant que la justice tranche sur la question de fond. Le clan Romy Castel a par ailleurs convoqué pas moins de 3 Assemblées générales extraordinaires, ayant toujours le même but, révoquer Pierre Baer et Gregory Clerc, en annonçant à chaque fois que les révocations avaient eu lieu .
En 2025, Castel a réalisé 6,954 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 6,5 milliards en 2024, soit une progression d’environ 7 %. Le groupe comptait près de 43 000 salariés, avec 80 sites de production et une présence dans près de 34 pays.
L’Afrique reste le principal moteur de cette dynamique avec 5,3 milliards d’euros de revenus, soit environ 3 476 milliards de FCFA, en hausse de 10,3 % sur un an. Une performance qui consolide la présence du groupe dans 22 pays africains et sa place parmi les dix premiers brasseurs mondiaux. Cette progression s’accompagne d’une accélération des investissements et de la diversification industrielle. En 2025, le groupe a notamment poursuivi ses acquisitions en Afrique et en Europe et inauguré sa première distillerie au Congo, tout en développant de nouvelles activités autour de ses métiers historiques.
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Ces performances constituent un argument de poids pour Gregory Clerc au moment où sa gouvernance est attaquée. Toutefois, cette croissance s’accompagne de dossiers sensibles, dont une procédure de régularisation fiscale engagée en France en 2024, liée au maintien des principales équipes dans l’Hexagone après l’installation de DF Holding au Luxembourg. Le redressement, dont Alain Castel avait évoqué le montant à près d’un milliard d’euros, a ensuite été relativisé par la direction, qui a confirmé l’existence de la procédure. Le dossier porte notamment sur des périodes antérieures à l’arrivée de Gregory Clerc.








