Entre mars 2024 et mars 2025, la production pétrolière des pays de la CEMAC membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) – Gabon, Congo et Guinée Équatoriale – a révélé des trajectoires divergentes, selon les récentes données du cartel. Durant cette période, le Congo a affiché une croissance notable de 9 000 barils par jour (b/j), passant de 250 000 b/j à 259 000 b/j, soit une augmentation de 3,6 %. La Guinée équatoriale a également suivi une tendance ascendante, augmentant sa production de 2 000 b/j, de 59 000 à 61 000 b/j (+3,4 %). Cette progression, observée malgré un contexte de baisse des prix du pétrole, souligne les impératifs économiques de ces pays, notamment pour le Congo, qui ambitionne une production de 500 000 b/j d’ici 2027, et pour la Guinée équatoriale, dont l’économie est en récession depuis 2014. En contraste, le Gabon a vu sa production légèrement reculer de 3,48 % sur la période, à 222 000 b/j, soit une baisse de 8 000 b/j.
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Globalement, la production cumulée de ces trois pays membres de la CEMAC au sein de l’OPEP a enregistré une légère progression de 3 000 barils en un an, passant de 539 000 à 542 000 b/j. Cette production combinée représente environ 2,03 % de la production totale de l’OPEP (26,604 millions de b/j). Ainsi, malgré les dynamiques de production individuelles contrastées, leur influence collective au sein du cartel est demeurée pratiquement inchangée.
Un contraste africain
Si la CEMAC a affiché une production globalement stable, voire en légère hausse pour le Congo et la Guinée Équatoriale, la tendance au sein du groupe africain de l'OPEP s'est révélée plus contrastée entre mars 2024 et mars 2025. Le Nigeria par exemple, malgré une volatilité mensuelle marquée (avec un net repli d'environ 25% entre février et mars dernier), a enregistré une augmentation significative de sa production sur l'année, bondissant de 1 398 000 b/j à 1 515 000 barils. La Libye a suivi une trajectoire similaire, voyant sa production croître de 1 161 000 b/j à 1 262 000 b/j (+101 000 b/j) sur la même période, et ce, malgré une baisse substantielle observée en février-mars 2025 (-22%). Ces dynamiques soulignent la diversité des stratégies et des capacités de production à l'échelle africaine au sein de l'OPEP, où la relative stabilité de la CEMAC, impactée par la légère baisse du Gabon, contraste avec la croissance, bien que fluctuante, de géants comme le Nigeria et la Libye.
Dépendance économique
Cependant, la décision des pays de la CEMAC d'accroître leur production, tout en respectant potentiellement les quotas de l'OPEP, pourrait s'expliquer en grande partie par leur forte dépendance aux recettes pétrolières, dans un contexte de diminution des prix par baril sur le marché mondial. Cette stratégie vise à compenser la baisse des prix par un volume de production accru. Après une relative stabilité autour de 82 dollars le baril (49 200 Fcfa en moyenne) pour le Brent en 2023, marquant une baisse de 18 % par rapport à 2022, les prix ont significativement chuté en 2025, se négociant autour de 63 dollars (37 800 Fcfa), selon Citigroup. Bien qu'une légère reprise ait été observée le 15 avril 2025, d’après la banque d’investissement américaine Goldman Sachs, (Brent à 65,12 dollars/39 072 Fcfa et WTI à 61,80 dollars/37 080 Fcfa) en raison de la guerre commerciale sino-américaine et de l'augmentation des importations chinoises, la tendance générale à la baisse devrait se poursuivre jusqu’en 2026. Toute chose qui met en évidence la pression sur les revenus des pays producteurs dépendant des revenus pétroliers.
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Au Gabon, par exemple, les recettes pétrolières de 1020,7 milliards de Fcfa, qui représentaient 38,0 % des revenus de l’État en 2023, devraient diminuer à 29,9 % en 2024-25 et sont prévues à baisser à 661,4 milliards de Fcfa en 2026 (une baisse d’environ 35 % en trois ans). Cette situation intervient alors que le gouvernement gabonais intensifie ses efforts pour dynamiser son secteur extractif par la nationalisation des hydrocarbures, illustrée par les récents rachats d'actifs de Tullow Oil (180 milliards de Fcfa) et d'Assala Energy. De même, pour la Guinée équatoriale et le Congo, l'augmentation de la production est perçue comme un levier crucial pour relancer une économie en récession (Guinée équatoriale) ou pour maintenir les équilibres budgétaires.
Rappelons qu'après la chute brutale des prix du pétrole en début d'avril 2025 (plus de 7,63 %, le Brent atteignant 64,79 dollars, son plus bas niveau depuis décembre 2021), l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole et ses alliés (OPEP+) a décidé d’ajuster sa production. Suivant la tendance, l'OPEP+ a abaissé ses objectifs de production de 2 millions de barils par jour, une mesure initiée en novembre dernier, et prévoit de reprendre l’augmentation de la production de 411 000 barils par jour à partir de mai prochain. Face à cet orage des cours mondiaux, les pays de la Cemac semblent plutôt optimistes quant à l'augmentation de leur propre production.
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