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Pétrole : pourquoi les pays de la CEMAC peinent à respecter leurs engagements vis-à-vis de l'OPEP ?

Malgré la baisse continue des cours sur le marché international, l’Organisation des Pays Producteurs de Pétrole (OPEP), a imposé à ses membres, vendredi dernier, à respecter leurs quotas de production mensuels sous peine de sanction.

Publiée jeudi 10 avril 2025 à 10:38:38Modifiée jeudi 10 avril 2025 à 10:39:25Temps de lecture 6 minPar Albert AMOUGOU

baril-petrole
Des barils de pétrole prêts à l'exportation

Alors que l'Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) redouble d'efforts pour stabiliser un marché pétrolier secoué par une forte baisse des prix, les dernières données de production de mars 2025 soulignent la contribution marginale du Gabon, du Congo et de la Guinée équatoriale à la production globale du cartel. Selon le dernier rapport de l'OPEP+, ces trois nations de la Cemac, membres de l'OPEP, n'ont représenté qu'une infime partie, moins de 2%, de la production globale de l'organisation en janvier et février 2025. D'après des chiffres basés sur des sources secondaires, leur production cumulée s'est établie à environ 548 000 barils par jour en janvier (548 milliers de barils par jour) et a légèrement reculé à 541 000 b/j en février (541 milliers de barils par jour), soit une baisse de 7 000 b/j en glissement mensuel.

Lire aussi : Pénuries de carburants au Congo : en attendant l’Opep, le gouvernement met en place trois mesures

Ces chiffres modestes de la Cemac contrastent fortement avec la tendance globale de la production de l’OPEP, qui a connu une augmentation totale de 363 000 b/j entre janvier et février 2025, atteignant 41,01 millions de barils par jour (mb/j), principalement portée par des producteurs tels que l'Arabie Saoudite, l'Irak et les Émirats Arabes Unis, dont la production totale a culminé à 28,406 millions de barils par jour en janvier et 28,500 millions en février. D’autres producteurs majeurs comme le Nigeria et l'Iran ont également affiché des hausses significatives.

Difficultés et ambitions

Dans le détail, le Gabon a vu sa production diminuer de 6 000 b/j, soit 6%, entre janvier (232 000 b/j) et février (226 000 b/j), restant en deçà de son quota fixé à 250 000 b/j. Bien que ce chiffre soit supérieur à la moyenne annuelle de 2023 (213 000 b/j), il met en évidence une volatilité et une difficulté à maintenir la trajectoire de croissance observée fin 2024 (233 000 b/j). Une contre-performance qui fait de ce pays le membre le moins respectueux des règles de l’OPEP, selon des experts.

La République du Congo a également enregistré une légère baisse de sa production, passant de 258 000 b/j en janvier à 257 000 b/j en février, soit une diminution de 1 000 b/j (-1%). Ce niveau reste comparable à sa production annuelle de 2023 (261 000 b/j) et 2024 (254 000 b/j), en restant sous son quota de 260 000 b/j, signalant une stagnation plutôt qu'une progression. Le pays vise néanmoins une production journalière de 500 000 b/j d’ici 2028.

Lire aussi : Pétrole : l’Opep va développer les capacités des compagnies et des raffineries du Congo


La Guinée Équatoriale, bien qu'affichant une légère augmentation de sa production entre janvier (60 000b/j) et février (61 000b/j), peine toujours à retrouver les niveaux observés par le passé (plus de 300 000b/j). Sa production annuelle en 2023 (57 000b/j) et 2024 (57 000b/j) témoigne de défis structurels persistants.

Actifs pétroliers vieillissants

Le déclin de la production pétrolière au sein de ces pays de la Cemac pourrait résulter de plusieurs facteurs interdépendants. Le vieillissement des infrastructures exige des investissements lourds en maintenance, tandis que les défis opérationnels et le sous-investissement dans l'exploration, accentué par le retrait de majors comme Exxon Mobil et Tullow Oil, limitent les capacités d'extraction et de développement. L'instabilité géopolitique et les difficultés économiques internes, illustrées par le coup d'État au Gabon, exacerbent ces problèmes et freinent davantage l'investissement dans le secteur.

Un marché volatile

Il faut par ailleurs noter que le repli progressif de la production du Gabon, du Congo et de la Guinée Équatoriale et leur contribution à la production de l’OPEP pourrait être stratégique. Il survient dans un contexte de forte volatilité sur les marchés pétroliers. Récemment, le baril de Brent a subi un plongeon de 7,63% en une seule séance, atteignant un plancher à 64,79 dollars, son niveau le plus bas depuis décembre 2021. Le WTI américain a suivi une trajectoire similaire, chutant de 8,11%. Cette dégringolade est alimentée par l'escalade des frictions commerciales sino-américaines, avec l'imposition de nouveaux droits de douane par la Chine et les Etats-Unis.

Lire aussi : Hydrocarbures : le Gabon a produit 84 millions de barils de pétrole en 2024 (+3,1%)

De plus, face à la décision de certains membres influents de l'OPEP d'augmenter significativement leur production pour mai 2025 l’instar de l’Iran, Arabie Saoudite, etc. (+411 000 barils/jour au lieu des 135 000 initialement prévus), les pays de la Cemac pourraient avoir peu de marge de manœuvre et se retrouver indirectement contraints de maintenir voire de réduire leur production. Cette initiative des plus gros producteurs est d'ailleurs considérée par certains analystes comme un facteur clé de la récente baisse des prix.

Pression de l'OPEP sur les quotas

Cependant, l'OPEP maintient la pression sur les quotas malgré la chute des prix. Vendredi dernier, l'organisation a rappelé à ses membres l'impératif de respecter leurs quotas de production mensuels, sous peine de sanctions. Lors de sa réunion du 5 avril, le comité de suivi (JMMC) n'a pas directement traité la récente chute des prix du pétrole, mais a insisté sur le respect des quotas. Le JMMC a assuré surveiller attentivement le marché et vouloir garantir la discipline au sein du groupe, ciblant les non-respects et dépassements de quotas qui accentuent la pression à la baisse sur les prix.

Le cartel a également souligné sa flexibilité, n'excluant pas de suspendre ou d'inverser les augmentations progressives de production si les conditions du marché l'exigeaient. Le JMMC prévoit des réunions mensuelles pour évaluer la situation et le respect des quotas. La prochaine échéance est fixée au 5 mai, date à laquelle l'OPEP prendra des décisions concernant les niveaux de production pour le mois de juin.

Lire aussi : Pétrole brut : Cameroun, Gabon et Guinée Équatoriale vont plomber les exportations de la CEMAC en 2025

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