La République centrafricaine a relevé, depuis le 1er octobre 2026, les prix des carburants à la pompe. Le litre de super est passé de 1 050 à 1 150 FCFA, tandis que le gasoil est désormais vendu 1 400 FCFA, contre 1 250 FCFA auparavant. Pour justifier cette nouvelle hausse, la troisième en trois ans, le président Faustin-Archange Touadéra a avancé, le 5 octobre, trois arguments : la hausse des cours pétroliers internationaux, la dépendance de la RCA aux importations de produits pétroliers et le poids de la subvention sur les finances publiques. « Le Trésor n'a plus les moyens de continuer à subventionner parce que ça coûte cher », a-t-il déclaré.
Trois raisons, un même problème
Premier facteur invoqué par Bangui : la hausse des cours pétroliers internationaux, dans un contexte marqué par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Pour Touadéra, la RCA ne peut durablement maintenir des prix administrés lorsque son propre coût d'approvisionnement augmente. « Nous ne produisons pas du pétrole », a-t-il rappelé, soulignant que les marketeurs centrafricains doivent acheter les produits pétroliers sur le marché international. Deuxième contrainte : la RCA est entièrement dépendante des importations de produits pétroliers. Pays enclavé, elle doit notamment faire transiter ses carburants par le corridor Douala-Bangui, au Cameroun. Le prix payé à la pompe reflète donc non seulement le coût du produit à l'extérieur, mais également les frais liés à son acheminement jusqu'au marché centrafricain. Dans ces conditions, Bangui dispose de peu de leviers pour absorber durablement un choc extérieur.
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Troisième raison : la facture budgétaire de la subvention. En maintenant le litre de gasoil à 1 250 FCFA, l'État devait, selon le chef de l'État, prendre en charge environ 350 FCFA par litre. Cette compensation permettait de contenir le prix payé par les consommateurs, mais transférait le coût du choc vers le Trésor. Pour le président centrafricain, le maintien de cette politique n'est désormais plus compatible avec les autres obligations de l'État, notamment le paiement des salaires et le financement des dépenses publiques. « Nous sommes obligés de faire la vérité des chiffres », a-t-il insisté.
Une « vérité des prix » qui passe mal auprès de l’opinion
La hausse atteint 100 FCFA pour le super (+9,5 %) et 150 FCFA pour le gasoil (+12 %). Pour les gros consommateurs, les tarifs atteignent respectivement 1 500 et 1 650 FCFA le litre. Auprès de l'AFP, le 4 octobre, Quentin Ngbouando, responsable de la plateforme de la société civile I GWE, a estimé que la nouvelle augmentation des prix à la pompe revenait à « enterrer sans funérailles la population déjà économiquement asphyxiée ». Pour la société civile, cette hausse intervient dans un pays où une grande partie de la population dispose de faibles revenus et où le carburant constitue un intrant essentiel pour les transports, le commerce et le fret. Son renchérissement peut ainsi se transmettre aux prix des biens de consommation. Les ménages, petits commerçants, transporteurs, mototaxis et travailleurs informels figurent parmi les acteurs directement exposés.
Le président Touadéra, lui, dénonce des tentatives de récupération politique de la grogne et appelle les Centrafricains à « avoir un peu plus de patience ». Mais la justification de Bangui ne clôt pas le débat économique. Le FMI avait déjà appelé à davantage de transparence sur la formation des prix des carburants en RCA, notamment à travers un audit des coûts et des marges d'importation. Pour le Fonds, le problème ne réside donc pas uniquement dans le niveau de la subvention publique : la structure même du marché doit être examinée.











