Le Tchad, à travers le Bureau national du fret terrestre (BNFT), a lancé le 20 février à Douala la phase pilote de la dématérialisation de la Lettre de Voiture Obligatoire (LVO) et de la taxe à l’essieu, deux instruments clés du contrôle du fret sur le corridor stratégique Douala–N’Djamena. Cette réforme vise à « moderniser les procédures administratives, renforcer la transparence et améliorer la traçabilité des flux de marchandises entre le Cameroun et le Tchad », indique le BNFT.
La LVO, document obligatoire pour tout transport terrestre de marchandises à destination du Tchad, ainsi que la taxe à l’essieu, seront désormais gérées via une plateforme numérique pilotée par le BNFT, en partenariat avec les sociétés Tradelink Solution et Servoo. Le dispositif repose sur un processus entièrement digitalisé, incluant la déclaration du fret, le calibrage du chargement, l’affectation du transporteur et le paiement électronique. Selon le directeur général du BNFT, Saleh Youssouf Erda, cette réforme « traduit la volonté de l’administration tchadienne de disposer de procédures plus transparentes, compétitives et alignées sur les standards régionaux ».
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Au-delà de la modernisation, cette réforme répond à un impératif de gouvernance. Son lancement intervient dans un contexte marqué par d’importants dysfonctionnements au sein du BNFT. En août 2025, l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) avait révélé des détournements estimés à près de 8 milliards FCFA dans les agences du BNFT basées à Douala et à Ngaoundéré. Selon l’institution, « le plus lourd préjudice financier subi par l’État tchadien provient de ses responsables en service au Cameroun ». À l’intérieur du pays, d’autres irrégularités ont été relevées, notamment dans la région du Lac, où des dépenses de plus de 1,18 milliard FCFA ont été engagées sans justificatifs.
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Dans ce contexte, la dématérialisation apparaît comme un levier clé pour lutter contre la fraude et les manipulations manuelles qui fragilisent la mobilisation des recettes publiques. Les autorités tchadiennes espèrent ainsi sécuriser les revenus issus du transport terrestre sur un corridor vital pour l’économie nationale. En juin 2025, les recettes administratives du secteur des transports ont atteint 1,07 milliard FCFA, soit un taux d’exécution de 85,25 % par rapport aux prévisions annuelles de 1,2 milliard FCFA.

