Dans un rapport rendu public en début septembre, deux organisations non gouvernementales américaines exhortent le gouvernement de Donald Trump à ne pas réintégrer le Cameroun à la liste des pays bénéficiaires de l’African Growth and Opportunity Act en 2026, alors même que la décision est attendue à la fin de cette année, six ans après l’exclusion du Cameroun. Le rapport, daté du 30 juin 2025, est le fruit d’un plaidoyer conjoint mené par Freedom House, une ONG de défense des droits de l'homme, et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une association à but non lucratif.
Leur demande de maintenir le Cameroun hors de l'AGOA se fonde sur des accusations en rapport avec la gouvernance, l'état de droit et de liberté de la presse. Les ONG citent par exemple le rapport bisannuel 2024 du Représentant américain au Commerce, qui faisait état "de rapports crédibles d'abus des droits de l'homme par les forces de sécurité gouvernementales", de "sérieuses restrictions à la liberté d'expression" et "d'atteinte à la liberté de réunion pacifique." « Ce commentaire soutient que le Cameroun ne devrait pas être éligible aux avantages de l'AGOA pour l'année 2026 en raison de sa persécution et de sa détention de journalistes. C'est une question particulièrement importante étant donné que le Cameroun doit organiser des élections présidentielles plus tard cette année », lit-on.
Pour illustrer leurs arguments, elles se basent sur le cas de 08 journalistes dont Amadou Vamoulké, l'ancien Directeur général de la Crtv, l’office de radio et télévision publique, détenu à la prison centrale de Yaoundé depuis juillet 2016. Pourtant, « en avril 2020, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a adopté un avis constatant que sa détention viole le droit international ». Ce qui fait dire à ces dernières que « Le Cameroun n'a pas établi ou fait de progrès continu vers l'établissement de l'état de droit, du droit à une procédure régulière, d'un procès équitable et d'une protection égale devant la loi; il a commis de graves violations des droits de l'homme reconnus internationalement; il n'a pas coopéré aux efforts internationaux pour éliminer les violations des droits de l'homme ».
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En substance, l’action des Freedom House et de CPJ pourrait être perçue comme moyen d’utiliser l'AGOA, un avantage commercial très convoité, comme un levier pour faire pression sur le régime en place. En effet, en liant les bénéfices économiques de l'accord au respect des droits de l'homme, de la liberté de la presse et de la bonne gouvernance, ces ONG semblent vouloir pousser le gouvernement de Paul Biya à agir davantage sur ces questions. La période pré-électorale étant jugée idéale pour exercer une telle pression, car le pouvoir est sous le regard de la communauté internationale.
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Pour rappel, les États-Unis ont suspendu le Cameroun de l'AGOA en 2019 en raison de « son implication dans les violations flagrantes des droits de l’Homme reconnus internationalement ». Malgré les négociations entreprises par le Cameroun pour retrouver son statut, le pays reste à l’écart de ce régime commercial préférentiel. Cette position des ONG américaines vient, pour ainsi dire, renforcer les réserves émises en septembre 2024 par l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique du Cameroun Christopher John Lamora dans une interview au quotidien Mutations. Pour lui, bien que le Cameroun ait fait des progrès, il « devrait rester hors du programme pour l'instant », selon, une décision du bureau du représentant international des Etats-Unis pour le commerce (Ustr).

