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Embouteillages à Douala : Célestin Tawamba dénonce une atteinte aux fondamentaux de la stabilité sociale

Dans une correspondance au ton incendiaire adressée au ministre des Travaux publics, le président du patronat camerounais, compare le calvaire des populations de la capitale économique du pays, victimes de l’étranglement de la circulation routière, à celui vécu par les populations fuyant le génocide rwandais en 1994. Une situation qui frise une atteinte à la liberté d'aller et venir, un facteur de frustration populaire et qui nourrit la colère, la défiance et la tentation du désordre.

Publiée mardi 16 septembre 2025 à 20:11:09Modifiée mardi 16 septembre 2025 à 20:20:55Temps de lecture 5 minPar Pierre Celestin ATANGANA

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De gauche vers la droite, le président du Gecam Célestin Tawamba et le ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi

Dans une correspondance au vitriol signée ce 15 septembre, Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam), fait une sortie vigoureuse contre le ministre des Travaux Publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, sur les embouteillages géants, kilométriques qui étranglent la circulation à Douala. L’expression de cette vive indignation, en sus de l’état désastreux des routes, fait suite à l’engorgement de la circulation routière du fait des travaux de réhabilitation effectués sur les tronçons les plus dégradés de Douala, la capitale économique du Cameroun.

Pour le cas d’espèce, il s’agit de la zone abritant le port de Douala-Bonaberi, également porte d’entrée et de sortie de la ville vers les régions du Sud-Ouest, de l’Ouest et du Nord-Ouest. Décrivant le fait générateur de cette sortie musclée, Célestin Tawamba, indique que, samedi dernier, sur « le tronçon allant de l'échangeur de Bekoko au pont du Wouri, des milliers d'usagers en provenance du Sud-Ouest, du Nord-Ouest et de l'Ouest, ou en direction inverse, ont vécu un véritable calvaire, mettant jusqu'à 10 heures pour parcourir à peine 5 kilomètres, pour les plus téméraires ».

Anticipation

Dans une description qui mêle intensité et gravité, il n’a pas hésité à comparer ces images à celles « des populations civiles fuyant les massacres durant le génocide au Rwanda dans les années 1994 ». Ce calvaire subi par les usagers, d’après lui, est le fruit d’une « désorganisation persistante, et une absence flagrante de coordination entre les services concernés par la fluidité de la circulation ». L’homme d’affaires met aussi à l’index le manque d’anticipation des autorités sur la « gestion efficace des flux » par ces temps de travaux intenses sur des axes névralgiques.

« Comment comprendre que des travaux de l'envergure de ceux engagés sur les ronds-points à Bonabéri, soient menés sans une gestion efficace des flux, sans anticipation des goulots d'étranglement en période de week-end, et surtout, sans le moindre encadrement visible des services compétents en matière de sécurité et de régulation de la circulation ? » s’interroge l’homme d'affaires au nom de la communauté des affaires.

Pour lui, cette situation qui affecte gravement la circulation des biens et des personnes, ne saurait être mise sur le dos de l’incivisme des usagers de la route. Car, si certains comportements inadéquats peuvent aggraver les choses, la patience s'émousse et l'instinct de survie prend parfois le pas sur la discipline « après trois ou quatre heures passées au volant, à l'arrêt, sous la pluie ou la chaleur ».

Conséquences économiques

Tout en dénonçant l'impact négatif de cette situation sur l'économie nationale, notamment la compétitivité des entreprises et la sécurité des usagers, le président du Gecam détaille les conséquences économiques et humaines de cette situation. « Un ralentissement, voire un arrêt temporaire des activités économiques dans une zone névralgique ; une explosion des coûts logistiques et de transport, avec des répercussions sur les prix à la consommation, une détresse croissante des populations contraintes d'abandonner leurs véhicules pour marcher des heures dans des conditions indignes, et, surtout, un risque réel de désengagement des investisseurs, qui n'ont ni la patience ni l'obligation de subir de telles conditions ».

Lire aussi : Cameroun : vers la réalisation du projet Bus Rapid Transit (BRT) annoncé depuis 10 ans

Au-delà, le patron de Cadyst Invest qui fait observer que « l'atteinte à la liberté d'aller et venir constitue, dans tout pays, l'un des facteurs les plus puissants de frustration populaire », prévient que lorsque celle-ci « devient quotidienne, brutale, imprévisible, elle nourrit la colère, la défiance et la tentation du désordre ».

Car, poursuit-il, ce qui se vit à Bonabéri, et plus largement sur les points d’accès de la ville de Douala, « dépasse le simple cadre des travaux publics. Il s'agit désormais d'une atteinte aux fondements mêmes de la stabilité sociale ».

Paix sociale

Sans remettre en cause la nécessité des travaux engagés par les pouvoirs publics, Célestin Tawamba, pour la préservation de la paix sociale et de la stabilité économique dans la région stratégique du Littoral, appelle « fermement » le ministre des Travaux publics à interpeller l’ensemble des parties prenantes pour qu’une véritable gouvernance de crise autour de ces chantiers soit mise en place.

Lire aussi : Mobilité urbaine à Douala : où en est-on avec les projets Bus rapid transit  et le tramway ?

Les déclarations de Célestin Tawamba font écho à une préoccupation de longue date du secteur privé. Dans une correspondance adressée aux autorités, il a souligné que la détérioration continue des infrastructures routières, caractérisée par des nids-de-poule, des fissures et des chaussées dégradées, met en péril le fonctionnement de l'économie. Le plaidoyer du président du Gecam pour l'amélioration des infrastructures routières s'inscrit dans un contexte où le patronat se montre de plus en plus critique vis-à-vis des politiques économique et publique du pays, tout en appelant à un changement de gouvernance. Car, pour les entreprises, la question des routes est au cœur de leur compétitivité et de leur survie.

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