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Politiques Publiques

Gabon : les délestages persistent malgré un investissement de plus de 200 milliards FCFA en deux ans

Au Gabon, les coupures d’électricité continuent de rythmer le quotidien des ménages et des entreprises, en dépit de plus de 200 milliards FCFA mobilisés depuis 2024 pour renforcer la production et moderniser les réseaux. Sur le banc des accusés, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Décryptage.

Publiée samedi 21 février 2026 à 12:07:54Modifiée samedi 21 février 2026 à 12:07:58Temps de lecture 4 minPar Benedicte NGONO

des investissements massifs aux résultats pas assez satisfaisants

Le 18 février 2026, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie du Gabon, Philippe Tonangoye, a convoqué en urgence les responsables techniques de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Objectif : obtenir des explications claires sur la persistance des coupures d’électricité qui affectent Libreville et ses environs, malgré les investissements massifs engagés ces deux dernières années.

Selon l’entreprise publique, les perturbations observées résultent principalement « de la forte hausse de la demande en électricité sur le réseau, d’incidents récurrents liés à la vétusté de certaines installations énergétiques et de contraintes techniques affectant ponctuellement le réseau de transport et de distribution ». Des arguments que le ministre juge « insuffisants », rappelant que le dynamisme urbain et économique « ne saurait justifier des désagréments répétés pour les usagers ».

Des investissements massifs, des résultats limités

Cette nouvelle séquence ravive le mécontentement des populations, alors même que plus de 200 milliards FCFA ont été injectés entre 2024 et 2025 pour résorber durablement le déficit énergétique.

LIRE AUSSI : Importation d’électricité : Libreville accroît ses achats à Malabo malgré un arriéré de 248 millions FCFA

Parmi les projets structurants figure la centrale solaire de la Plaine d’Ayemé, inaugurée en novembre 2024 et réalisée par l’entreprise française Solen pour un coût estimé à 60 milliards FCFA. L’infrastructure devait fournir 30 MW dans sa première phase, avant d’atteindre 120 MW à terme afin de sécuriser l’alimentation de Libreville. Toutefois, selon les autorités, « l’installation ne délivre actuellement qu’une puissance disponible limitée à 7,5 MW », notamment en raison de contraintes liées au stockage et à l’injection sur un réseau jugé fragile.

Autre pilier de la stratégie gouvernementale : l’interconnexion électrique Gabon–Guinée équatoriale, mise en service en septembre 2025 sur les axes Bitam–Oyem et Nord. L’objectif est d’importer progressivement jusqu’à 10 MW depuis la Guinée équatoriale. Pour l’heure, la première phase a permis l’import immédiat de 3 MW, pour un coût estimé à 2 milliards FCFA.

En parallèle, la SEEG a bénéficié en 2025 d’un financement global d’environ 170 milliards FCFA destiné à la modernisation des réseaux, à la pose de compteurs dans plusieurs villes et à des travaux de renforcement du réseau de distribution. L’entreprise assure également poursuivre « la construction d’une seconde ligne de transport destinée à autonomiser Akanda et stabiliser l’ensemble du réseau du Grand Libreville ».

LIRE AUSSI : Gabon : le gouvernement veut instituer une taxe de 9% sur les factures d’électricité dès 2026

Karpowership, une solution provisoire sous tension

Face à l’urgence, les autorités ont également misé sur les centrales flottantes de l’entreprise turque Karpowership. Mis en service le 28 février 2025, le dispositif a permis le raccordement d’une centrale pour une puissance réduite à 70 MW, moyennant un coût mensuel estimé à 1,8 milliard FCFA.

Mais dès août 2025, soit six mois plus tard, Karpowership a annoncé l’arrêt temporaire de ses groupes de production à Libreville afin de remplacer les unités et porter la capacité installée à 150 MW. Initialement attendue pour septembre 2025, cette montée en puissance a été reportée à février 2026, contribuant à l’aggravation des délestages.

Face à l’impatience croissante des usagers, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu le 19 février 2026 une délégation de Karpowership, appelant à une accélération du calendrier. Le chef de l’État a rappelé que l’accès fiable à l’eau et à l’énergie constitue un pilier central de son projet de société. « Ces infrastructures stratégiques représentent des leviers majeurs pour la transformation du pays et le bien-être des Gabonais », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d’« obtenir des résultats concrets et mesurables dans les meilleurs délais », notamment en matière de réduction durable des délestages.

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