Au Gabon, les secrétaires généraux des ministères, les inspecteurs généraux et les directeurs généraux des organismes sous tutelle ont jusqu’au 20 février pour déposer leur déclaration de biens auprès de la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (Cnlcei). Cette décision, annoncée le 11 février 2025 lors d’une session de sensibilisation au ministère de l’Économie et des Participations, vise à renforcer la transparence et la moralisation de l’administration sous le gouvernement de Transition.
Cette initiative intervient après deux faits marquants. Lors de la cérémonie de présentation des vœux en janvier, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a dénoncé les dérives persistantes dans l’administration : « Il me revient que certains agents de la Fonction publique cherchent à réintroduire et intensifier les pratiques du passé liées au détournement de fonds et à l’exigence de rétro-commission. » Le 28 janvier, le Premier ministre Raymond Ndong Sima a ainsi réuni à Libreville les principaux responsables administratifs pour insister sur l’obligation de déclaration des biens.
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Par ailleurs, l’affaire du contrat entre l’État gabonais et Karpowership, entreprise turque spécialisée dans la production d’électricité via des centrales flottantes, a relancé le débat sur la corruption. Selon le journal L’Union, une enquête a été ouverte sur de possibles pots-de-vin. Face à la polémique et aux coupures d’électricité récurrentes, le président Oligui Nguema a annoncé le 5 février une renégociation du contrat, initialement estimé à 12 milliards de Fcfa par mois (environ 19 millions de dollars). Un nouvel accord prévoit désormais la fourniture de 70 MW à Libreville à un coût réduit.
Une loi ignorée depuis 22 ans
Si cette nouvelle injonction suscite de l’espoir, son application reste incertaine. Depuis la création de la Cnlcei en 2003, de nombreux hauts fonctionnaires ont ignoré l’obligation de déclarer leurs biens, malgré les recommandations des instances internationales. Pourtant, la loi prévoit des sanctions : un contrevenant risque une mise à l’amende progressive (50 000 Fcfa dès la première mise en demeure, 100 000 Fcfa après la troisième) et peut même être contraint à la démission. La déclaration de biens doit être renouvelée tous les trois ans.
La Cnlcei, autorité administrative indépendante dotée d’une autonomie budgétaire, peine à faire appliquer cette réglementation. « Malgré les campagnes de sensibilisation, les agents publics continuent de refuser de se conformer à cette exigence légale. Or, manquer à cet impératif expose à des sanctions », a regretté son président, Nestor Mbou. Reste à voir si cette fois, les réfractaires se plieront à la règle.

