Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a instruit le « lancement sans délai des études préalables à la construction d'une nouvelle raffinerie », selon le compte rendu du Conseil des ministres tenu le 7 octobre 2026 à Libreville. Ces études doivent déterminer le futur site de l'usine, ses capacités de traitement et le volume d'investissement nécessaire à sa réalisation. Le chef de l'État a justifié l'urgence de cette directive en déclarant que « l'État doit désormais anticiper les crises plutôt que de les subir », après de récentes ruptures d'approvisionnement dans le réseau de distribution national.
Cette décision répond à l'incapacité de la Société Gabonaise de Raffinage (SOGARA) à couvrir la demande locale, dans un contexte où les tensions au Moyen-Orient et le blocus du détroit d'Ormuz raréfient l'offre internationale. Construite en 1967 à Port-Gentil, la raffinerie avait une capacité nominale de 1,2 million de tonnes de brut par an, aujourd'hui évaluée à environ 0,86 million. Confrontée à la vétusté de ses équipements, elle ne couvre plus qu'environ 25 % de la demande nationale et traîne un passif financier évalué à plus de 800 milliards de FCFA.
Lire aussi :Hydrocarbures : les activités de raffinage de la Sogara au Gabon en chute de 15,2 %
Pour combler ce déficit, Libreville recourt aux importations, ce qui alourdit le coût du mécanisme de stabilisation des prix à la pompe. Selon le compte rendu, cette subvention coûtait entre 7 et 9 milliards de FCFA par mois avant la guerre en Ukraine, puis 15 milliards pendant le conflit. Elle a doublé pour atteindre 30 milliards en septembre 2026, soit 15 milliards de plus en sept mois.
Cette charge ampute le budget de ressources qui pourraient financer la santé, l'éducation et la lutte contre la pauvreté. Sur le terrain, les dysfonctionnements et la pénurie temporaire ont fait émerger un marché parallèle, avec une revente illicite de carburant à des prix supérieurs aux tarifs réglementés et un transport dangereux dans des récipients non homologués. Le gouvernement a ordonné le déploiement immédiat des services de contrôle et de répression pour restaurer l'ordre sur le marché.
Ce mécanisme fait de longue date du Gabon le pays de la zone CEMAC où les prix à la pompe des produits blancs et du gaz butane sont les plus bas. Producteur de brut établi, le pays reste pourtant dépendant des importations de produits raffinés. Pour alléger le poids de ce dispositif sur le budget national, le président a demandé au gouvernement d'engager une réflexion sur la réduction, voire la suppression à terme, de ces aides. Il rejoint ainsi de facto les directives du FMI et de la Banque mondiale, qui préconisent la vérité des prix.
La feuille de route présidentielle exige désormais un calendrier d'exécution et un plan de financement pour la nouvelle raffinerie, la modernisation de la SOGARA et la constitution de stocks de sécurité pétroliers.
Lire aussi :Raffinerie/Pétrole : la Sogara veut investir 40 milliards FCFA pour tripler sa production à l’horizon 2030














