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Gabon : qui est Christian Kerangall, l’homme qui freine l’entrée en bourse de BGFI ?

Depuis le 28 juillet 2025, la sérénité affichée par la BGFIBank à l’issue de son assemblée générale extraordinaire masque une réalité bien plus contrastée. Derrière l’annonce d’une introduction en bourse imminente, est né un front de résistance qui a pris une tournure judiciaire. A la manœuvre : Christian Kerangall, discret magnat franco-gabonais, actionnaire historique et influent de la banque, qui s’oppose ouvertement à ce virage stratégique.

Publiée jeudi 31 juillet 2025 à 13:56:22Modifiée jeudi 31 juillet 2025 à 15:58:24Temps de lecture 5 minPar Arthur WANDJI

Christian Kerangall, première fortune du Gabon
Christian Kerangall, première fortune du Gabon

« Je suis discret, voire secret, mais pour la bonne cause, celle de la pudeur et de la non-personnalisation de mes fonctions et actions ». C’est en ces termes que Christian Kerangall se définit. Et pourtant, depuis le 28 juillet dernier, l’homme d’affaires franco-gabonais fait la Une de la presse régionale, au cœur d’un affrontement feutré mais déterminant pour l’avenir la BGFIBank. Actionnaire historique avec 23% du capital, Kerangall est aujourd’hui le visage le plus visible d’un front d’opposition interne qui conteste la stratégie de transformation du premier groupe bancaire d’Afrique centrale, notamment son introduction en bourse, pourtant validée lors de l’Assemblée générale extraordinaire du 25 juin 2025.

Les raisons d'un blocage

S’estimant lésés par des « erreurs de retranscription » lors du dépouillement, Christian Kerangall et plusieurs associés ont saisi la justice gabonaise afin d’obtenir une rectification du vote. Dans une récente interview accordée au quotidien gabonais L’Union, il dénonce un « cafouillage » qui, selon lui, aurait biaisé l’issue de la consultation. « Préalablement à ces procédures qu’il faut regretter, un certain nombre d’actionnaires avaient adressé des lettres de réclamation à la banque sans obtenir de réponse. Ils ont introduit une autre action devant la justice gabonaise afin de demander la suspension de l’introduction en bourse. Nous attendons sereinement que la justice se prononce sur ces deux questions, mais un fait est là, il est incontournable : des votes n’ont pas été pris en compte », insiste-t-il.

Lire aussi : BGFIBank suspend son entrée en Bourse en attendant l’issue d’un litige à Libreville

Mais au-delà des querelles procédurales, c’est bien la philosophie du groupe qui est remise en cause avant tout projet d’IPO. « Plusieurs événements importants internes méritaient une considération prioritaire : départ du PDG historique [Henri-Claude Oyima, nommé au sein du gouvernement gabonais, Ndlr.] et changement de gouvernance à la tête du groupe, comme l’exige la COBAC depuis longtemps. Donc, beaucoup ont estimé qu’il fallait donner du temps au temps et stabiliser la nouvelle équipe qui, après un audit de césure, et une connaissance de la situation, appréciera de procéder ou non à une introduction en bourse… », martèle-t-il.

Jeux d'influence

Cette prise de position tranche avec l’image d’un homme peu enclin aux débats publics. Pourtant, à 76 ans, Christian Kerangall reste une figure cardinale du capitalisme gabonais, à la tête de la galaxie Sogafric Holding, une structure discrète mais tentaculaire dont la valeur est estimée à plus de 500 millions de dollars en 2024 selon des informations de Wikipedia. Arrivé au Gabon le 3 janvier 1970 avec pour seule fortune « 49 000 FCFA » comme il se plait à le dire, M. Kerangall incarne l’archétype de l’expatrié devenu acteur économique national.

Lire aussi : Introduction en bourse : BGFI Holding fixe le prix de son action à 80 000 FCFA

Patron de la Compagnie du Komo (CDK), il dirige un portefeuille d’activités qui irriguent des secteurs clés : automobile (Sodim), services industriels (Sogafric Services), construction (Sogi), informatique (Solsi), énergie (Gaboa), logistique. Sa holding détient également des participations stratégiques à l’étranger, notamment en Afrique du Sud, en Angola, et même en France.

Kerangall, proche de la famille Bongo

Si son parcours est celui d’un entrepreneur méthodique, il s’est aussi construit sur une capacité à nouer les bonnes alliances. Son amitié de longue date avec l’ancien président Ali Bongo Ondimba a été, selon plusieurs sources industrielles, un facteur décisif dans l’ascension du groupe. Cette proximité a notamment permis à Kerangall de renforcer son poids dans BGFIBank ou encore d’être au centre de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football, remportée par le Cameroun en 2017. Sogafric Holding contrôle aujourd’hui 75% de la CDK, aux côtés de Delta Synergie, le holding de la famille Bongo (15 %), et de GBS Finance (10%). Cette configuration illustre un capitalisme gabonais hybride, où affaires privées et réseaux politiques restent intimement liés.

Un enjeu de gouvernance et d’avenir

Or, l’enjeu de l’introduction en bourse de BGFI dépasse de loin le simple accès au marché. Pour le groupe bancaire, il s’agit d’une opération de transparence, de structuration financière et d’ouverture à l’international. Mais pour Kerangall et les autres opposants, c’est un saut précipité sans base solide, au risque d’affaiblir l’institution en période de transition managériale. « La banque est un instrument puissant qui mérite une attention permanente et responsable. Il n’y a pas de combat ou de lutte dans ce refus de l’IPO, mais uniquement des questions de principe, de méthode et, surtout d’éthique, voire de loyauté envers le passé », insiste-t-il.

En attendant le verdict des tribunaux, la gouvernance de BGFI est suspendue à une équation incertaine. L’IPO, présentée comme une promesse de modernité et de consolidation financière, pourrait se heurter à des résistances juridiques durables. Et Christian Kerangall, qui se définit comme un homme de principes plus que de pouvoir, pourrait bien être celui qui empêchera, pour un temps du moins, l’entrée de la plus grande banque d’Afrique centrale dans le cercle restreint des sociétés cotées.

Notons que l’entrée en bourse attendu de BGFI porte sur l’ouverture de 10 % du capital de la banque à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Elle porte sur l’émission de 1 573 536 actions nouvelles, à un prix unitaire de 80 000 FCFA sur une période initiale de souscription s’étendant du 31 juillet au 30 septembre 2025.

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