Intervenant dans un panel lors des 32e assemblées annuelles de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) qui se tiennent actuellement à Abuja au Nigéria, le Dr George Elombi a critiqué la récente décision de Fitch Ratings d’abaisser la note de crédit de l’institution panafricaine. Vice-Président exécutif de la banque, il estime que l’agence « a du mal à le comprendre » le fonctionnement d’une structure multilatérale ancrée en Afrique.
Le 05 juin dernier Fitch a, en effet, abaissé la note d’Afreximbank à un cran au-dessus du niveau spéculatif (BBB-), assortie d’une perspective négative. L’agence s’est, entre autres, appuyé sur l’hypothèse selon laquelle trois États (Ghana, Zambi et Malawi) qui doivent de l’argent à la banque, seraient sur le point d’intégrer ces dettes dans le cadre des plans de restructurations compte tenu de leurs difficultés financières actuelles. Ce qui fragiliserait l’institution.
Afreximbank a rapidement réagi, qualifiant cette appréciation d’« erronée ». Elle rappelle bénéficier du statut de créancier privilégié, protégé par un traité signé par 53 États africains. Ce traité interdit explicitement à la banque de participer à des opérations de restructuration de dette. « Pourquoi nos États respecteraient-ils les traités d’institutions non africaines, et violeraient-ils celui qu’ils ont eux-mêmes signé pour créer Afreximbank ? C’est hautement improbable », a déclaré George Elombi. « Ce n'est pas la première fois que Fitch dégrade la note d'une institution africaine. Cela n'a pas suscité beaucoup d'inquiétude dans le passé, car tout le monde sait que les notations peuvent augmenter un jour et baisser le lendemain. Ce qui fait mal cette fois-ci, c'est le langage désobligeant utilisé, qui s'appuie sur la conviction que les gouvernements africains laisseront tomber leurs propres enfants. C'est extraordinaire ! »
Lire aussi: Afrique: un Camerounais en lice pour succéder à Benedict Oramah à la tête d’Afreximbank
Il a ajouté qu’« Afreximbank est probablement mieux positionnée que les autres institutions multilatérales, car elle peut financer à la fois le secteur public et privé tout en bénéficiant de ce traitement ». Le vice-président pointe un problème plus large : « Le vrai souci, c’est que Fitch ne comprend pas la spécificité d’une institution africaine puissante comme Afreximbank ».

Un autre point de désaccord, c’est la gestion des créances douteuses estimés par l'agence à 7,1 % du portefeuille global à fin 2024, contre un ratio de 2,3 % selon la Afreximbank. L’écart s’explique par des divergences méthodologiques. Fitch considère comme non performants des prêts à des pays comme le Ghana, le Soudan du Sud ou la Zambie, tandis qu’Afreximbank, en conformité avec les normes IFRS 9, les classe différemment. « Selon les IFRS, un prêt peut rencontrer des difficultés sans être déprécié. Cela donne un résultat différent de celui de Fitch », souligne George Elombi.
Lire aussi : Afrique: un Camerounais en lice pour succéder à Benedict Oramah à la tête d’Afreximbank
Sur la question de la transparence, déplorée par l’agence américaine, le dirigeant estime que l’institution applique les standards les plus stricts et conteste toute faiblesse de gouvernance. Le Camerounais dénonce aussi une contradiction dans le rapport de Fitch : « Si l’agence estime que certains remboursements reprendront dans 18 à 24 mois, alors il n’y a pas de motif sérieux d’inquiétude quant à la valeur de ces actifs ».
Enfin, le vice-président a rejeté toute idée de réduction des prêts vers les pays jugés risqués. « Ce n’est pas la première fois que nous augmentons nos financements en période difficile, et ce n’est pas dans notre intérêt d’arrêter aujourd’hui ». Il relativise également l’impact de la note de Fitch, affirmant que « la notation, c’est comme un yo-yo, ça monte et ça descend. Tant qu’elle reste professionnelle, elle ne nous dérange pas ».
Même si l’institution minimise publiquement les conséquences de cette dégradation, elle pourrait entraîner une hausse du coût de financement, réduisant la capacité d’Afreximbank à octroyer des prêts compétitifs. Ce débat relance les discussions sur la nécessité d’une agence africaine de notation, dont le lancement est prévu en septembre 2025.

