Carmelo Nvono-Ncá, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Guinée équatoriale en France, a été démis de ses fonctions par décret présidentiel daté du 18 juin 2025 et publié le 30 juin. Ce limogeage, officiellement justifié par la « commodité d'un meilleur service » et invoquant l'article 41, paragraphe H de la Loi fondamentale de l'État, intervient à Paris dans un climat de tension diplomatique exacerbée et de litige persistant entre Malabo et la France autour de l'affaire des « biens mal acquis ».
Cette éviction de Carmelo Nvono-Ncá, diplomate expérimenté en poste à Paris depuis 2023 après 11 ans de service en tant qu'ambassadeur à Bruxelles, est d'autant plus frappante qu'elle coïncide avec un événement majeur et directement lié à cette tension. Le 18 juin dernier, le même jour que la date du décret de limogeage, la police judiciaire française, en collaboration avec l'Agrasc, a procédé à la saisie d'un luxueux hôtel particulier situé au 42 avenue Foch à Paris. Cet immeuble de six étages, dont la valeur est estimée entre 100 et 150 millions d'euros, est au cœur des procédures judiciaires visant le vice-président équatoguinéen, Teodoro Nguema Obiang Mangue, fils du président Obiang Nguema Mbasogo. L'annonce du limogeage de l'ambassadeur par Malabo simultanément à cette saisie suggère une corrélation directe et met en lumière les pressions exercées sur la représentation diplomatique.
Ambassadeur : victime ou acteur du dossier ?
Le limogeage de Carmelo Nvono-Ncá peut être interprété de plusieurs manières. D'une part, il pourrait être une victime collatérale d'une escalade diplomatique complexe, Malabo cherchant à opérer un changement dans sa représentation pour « mieux servir » ses intérêts face aux revers judiciaires et à l'intensification des pressions françaises. D'autre part, son éviction pourrait indiquer un jugement négatif de Malabo sur sa gestion du dossier. En tant que chef de mission, l'ambassadeur était au premier plan des efforts visant à protéger les actifs et les intérêts équatoguinéens en France.
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Si Malabo estime que ces efforts ont été insuffisants, ou qu'il y a eu des manquements dans la stratégie de défense, son limogeage pourrait en être la conséquence directe. La question d'une éventuelle complicité dans la gestion des « biens mal acquis » n'est pas publiquement avérée, mais l'opacité entourant les transactions et la défense des intérêts du vice-président par le régime pourraient soulever de telles interrogations en interne.
Il faut noter que ce n'est pas la première fois que l'hôtel de l'avenue Foch est au centre d'une bataille juridique entre les deux pays. En 2016 déjà, la Guinée équatoriale avait saisi la CIJ, soutenant que le bâtiment servait d'ambassade et que la France violait la Convention de Vienne. Cependant, la CIJ avait donné raison à la France, estimant que la propriété était la résidence de Teodoro Nguema Obiang Mangue sans vocation diplomatique, et que la désignation comme ambassade n'était intervenue qu'après l'ouverture de l'enquête. En 2021, la justice française avait condamné Teodoro Nguema Obiang Mangue à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d'euros d'amende, tout en confisquant des biens, dont cet hôtel de luxe, acquis avec de l'argent issu de la corruption. Ce litige persistant souligne les tensions profondes entre les deux nations, la famille Obiang continuant de contester la légalité de la saisie malgré les décisions de justice.
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En conséquence de cette escalade, la Guinée équatoriale a déposé, le 3 juillet 2025, une nouvelle requête urgente devant la Cour internationale de justice (CIJ) contre la France. Malabo demande à la plus haute juridiction de l'ONU d'ordonner à la France de ne pas vendre l'hôtel particulier et de lui donner « un accès immédiat, complet et sans entrave » au bâtiment, suite à l'intrusion de la police française et au changement des serrures en juin 2025. Cette démarche vise clairement à gagner du temps et à maintenir la controverse sur la propriété, dont la valeur est estimée à plus de 100 millions d'euros. Le remplacement de Carmelo Nvono-Ncá à un moment aussi crucial de cette bataille juridique et diplomatique majeure suggère une réorientation ou un renforcement de la stratégie de Malabo pour faire face à l'épineuse affaire des « biens mal acquis ».
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