Bonjour Monsieur Oyima, bienvenue au Cameroun. Faut-il vous appeler Monsieur le Ministre d’État ou Monsieur le Président du groupe BGFIBank ?
Peu importe le titre, c’est toujours la même personne. Ministre d’État ou Président, c’est moi dans les deux cas.
Quel est l’objet de votre visite aujourd’hui au Cameroun ?
En tant qu’autorité monétaire, je suis là pour échanger avec mes homologues sur des sujets d’intérêt commun. Et j’en ai profité pour saluer mes collaborateurs de BGFIBank Cameroun, qui tenaient leur conseil d’administration, dont je suis l’un des membres.
Vous voulez dire que vous êtes le président du conseil d’administration…
C’est ce que j’ai dit. Je suis l’un des membres.
Quelle est la situation financière de BGFIBank Cameroun aujourd’hui ?
Elle est excellente. À fin juin 2025, nous avons enregistré une croissance de plus de 11 % de notre produit net bancaire, un total de bilan en progression continue, et un résultat net en hausse de 5 % par rapport à nos objectifs. C’est une performance solide.
Aujourd’hui, nous occupons le 7e rang en termes de parts de marché. Et notre ambition reste d’intégrer le Top 3. Nous espérons y parvenir d’ici un an ou deux.
BGFIBank Cameroun est aujourd’hui un véritable pôle de croissance pour le groupe, et nous misons fortement sur ce marché pour renforcer notre ancrage en tant que banque de référence dans le pays. Nous avons donc beaucoup d’attentes pour le Cameroun, et nous suivons de près tout ce qui se passe sur ce marché.
Il y a trois ans, vous nous accordiez une interview et vous formuliez une ambition forte, faire entrer BGFIBank Cameroun dans le Top 3 du marché à court terme. Cet objectif est-il encore réaliste aujourd’hui ?
Cet objectif est tout à fait réaliste. Aujourd’hui, nous occupons le 7e rang en termes de parts de marché. Et notre ambition reste d’intégrer le Top 3. Nous espérons y parvenir d’ici un an ou deux.
C’est très ambitieux, vu votre position actuelle. Cela suppose-t-il une acquisition pour augmenter votre taille ? Société Générale Cameroun, par exemple ?
Je ne sais pas si nous ferons une acquisition, mais ce que je sais, c’est que nous suivons attentivement tout ce qui se passe sur le marché, avec une forte ambition pour atteindre cet objectif.
À défaut d’acquisition, quelle stratégie comptez-vous déployer pour atteindre cet objectif ambitieux ?
Nous misons sur le renforcement de notre maillage territorial, notamment à Yaoundé et Douala, avec un réseau d’agences en pleine expansion. Grâce à la solidité de nos fonds propres, nous sommes en mesure de prendre des positions plus affirmées dans plusieurs entreprises, ce que nous faisons déjà.
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Je tiens à saluer le travail remarquable de notre équipe commerciale, qui tire la dynamique du marché camerounais. Avec notre présence dans 5 des 6 pays de la CEMAC et la proximité de notre maison mère à Libreville, nous disposons d’un levier régional puissant pour accroître nos parts de marché. L’avenir s’annonce prometteur.
Alors que des groupes comme Société Générale se désengagent de plusieurs marchés africains, notamment du Cameroun, BGFIBank a-t-elle les moyens de maintenir la dynamique de financement des économies locales ?
Absolument. Le groupe BGFIBank est solide, avec un total de bilan qui dépasse les 5 000 milliards FCFA. Le Cameroun reste un véritable pôle de croissance pour nous. Je ne dirais pas que les grandes banques quittent l’Afrique : certains acteurs prennent simplement des décisions stratégiques qui leur appartiennent. Mais pour nous, l’Afrique, c’est chez nous.

L’Afrique centrale, c’est notre jardin. Et dans son jardin, on joue avec sérénité, en veillant à ce que personne ne vienne en perturber l’équilibre. En tant que premier groupe financier de la sous-région, nous restons pleinement engagés et attentifs à toutes les évolutions pour conforter notre position de leader.
L’actualité de BGFIBank est dominée par l’introduction en bourse du groupe à la BVMAC. Prévue pour débuter le 31 juillet, la souscription a été reportée en raison d’un contentieux à Libreville. Que s’est-il réellement passé ?
Vous avez raison de parler de contentieux, dans la mesure où l’affaire a été portée devant le tribunal. Mais pour nous, ce n’en est pas un. Nous sommes parfaitement sereins, car nous disposons de tous les éléments pour démontrer que la procédure s’est déroulée dans les règles.
Le groupe BGFIBank est solide, avec un total de bilan qui dépasse les 5 000 milliards FCFA. Le Cameroun reste un véritable pôle de croissance pour nous…
Pour être transparent, le 25 juin 2025, nous avons tenu une assemblée générale extraordinaire avec trois points à l’ordre du jour : l’arrêté des comptes sociaux et consolidés de l’exercice 2024, la séparation des fonctions de président du conseil d’administration et de directeur général que je cumulais, et enfin, l’introduction en bourse de notre maison mère, BGFI Holding Corporation. Cette décision ne date pas d’hier ; elle a été actée dès 2019. La pandémie de Covid-19 en 2020 avait simplement contraint le conseil à suspendre temporairement le projet.
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En 2025, le dossier a été réactivé, et je me réjouis de l’accueil très favorable du marché. Cette opération nécessitait plusieurs ajustements statutaires, notamment une révision de la gouvernance et une augmentation de capital. Or, certains actionnaires présents en salle ont, après coup, remis en cause la comptabilisation de leurs votes.
Je rappelle qu’une assemblée générale se tient selon un cadre strict : un bureau composé de scrutateurs, de commissaires aux comptes, et tout est filmé. Nous avons les enregistrements ; nous savons qui a voté, et comment. Pour nous, il n’ya pas de sujet. Ce que nous voyons aujourd’hui relève davantage de la gesticulation. Tout cela sera évacué rapidement, et nous reprendrons le cours normal de l’introduction en bourse. Je le répète : je suis totalement serein car cette opération se fera.
Parmi les actionnaires opposés à l’opération figure M. Christian Kerangall, qui vous accuse d’un passage en force. Il affirme qu’une minorité de blocage s’était constituée. Que répondez-vous ?
Je me limite aux faits. J’ai présidé cette assemblée générale, et je peux vous dire que tout s’est déroulé dans le strict respect des règles. Quand vous entrez en AG, vous avez soit votre propre pouvoir de vote, soit vous représentez des actionnaires. Et quand je consulte le registre du capital, je ne vois aucune minorité de blocage constituée. Le registre a été signé par l’ensemble des participants, les scrutateurs ont validé les résultats, et s’il y avait eu la moindre irrégularité, elle aurait été immédiatement signalée. Ce ne fut pas le cas. L’affaire étant devant la justice, nous démontrerons par les voies appropriées que tout a été fait dans les règles. Pour nous, il n’y a donc pas de sujet.
Kristian Kerangall est souvent présenté dans la presse comme très proche de la famille Bongo. Y voyez-vous une dimension politique derrière ce blocage ?
Je me refuse à entrer dans ce type de considérations. J’ai fait ma carrière dans la banque, pas dans la politique. Même aujourd’hui, malgré la fonction ministérielle qui est la mienne, je continue de me considérer comme un homme du privé, un technicien. Je ne fais pas de politique.
Je rappelle qu’une AG se tient selon un cadre strict : un bureau composé de scrutateurs, de commissaires aux comptes, et tout est filmé. Nous avons les enregistrements ; nous savons qui a voté, et comment [...] Ce que nous voyons aujourd’hui relève davantage de la gesticulation. Tout cela sera évacué rapidement, et nous reprendrons le cours normal de l’introduction en bourse
Que certains soient proches de tel ou tel, cela ne me regarde pas. Ce qui m’importe, c’est une seule chose : garantir la pérennité de cette maison que j’ai construite. Quarante ans, c’est une vie. J’ai passé la moitié de la mienne à bâtir ce groupe, et je considère qu’il est de ma responsabilité de lui donner un nouvel élan. Ce que je souhaite, profondément, c’est que ce groupe continue de prospérer et de rayonner bien au-delà de ma présence ; dans 100 ans, et plus encore. D’autres peuvent avoir des ambitions inavouées, mais moi, je suis gabonais, je suis Africain, et je défendrai toujours les intérêts de notre continent.
On vous reproche également une incompatibilité entre votre fonction d’autorité monétaire et celle de président du groupe BGFIBank. Envisagez-vous de clarifier rapidement votre position ?
J’ai dit publiquement qu’après 40 ans à la tête de cette institution, j’amorçais un atterrissage en douceur. La fonction que j’ai aujourd’hui, je ne l’ai pas cherchée. Je n’ai pas passé de concours pour être ministre. En revanche, j’ai construit ce groupe. Je n’ai pas sollicité la fonction de ministre. Je n’ai pas passé de concours pour cela. En revanche, ce groupe, je l’ai bâti avec mon énergie, mon temps, ma rigueur. C’est le fruit d’une vie. Alors ceux qui sont arrivés en cours de route et prétendent avoir tout fait… ce n’est pas sérieux.

Une entreprise, c’est une chaîne de confiance entre des actionnaires, des collaborateurs, des clients. Et cette confiance ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée. On ne l’abandonne pas brutalement. Il faut organiser la transition, choisir le bon moment, les bons profils, la bonne gouvernance.
ce groupe, je l’ai bâti avec mon énergie, mon temps, ma rigueur. C’est le fruit d’une vie. Alors ceux qui sont arrivés en cours de route et prétendent avoir tout fait… ce n’est pas sérieux.
Je le ferai, sans précipitation, avec méthode. Parce que ceux qui m’ont fait confiance n’attendent pas de moi un départ improvisé. Alors oui, j’attends le bon moment. Et plus certains gesticulent, plus je reste immobile. Ce qui compte, c’est la stabilité de la maison. Pas les effets d’annonce.
Pourquoi vous ne clarifiez pas simplement les échéances de votre retrait pour rassurer tout le monde ?
Si l’assemblée générale du 25 juin s’était déroulée normalement, le processus aurait été enclenché à ce jour. C’était le point de départ. Cette AG devait acter la séparation des fonctions de PCA et de DG. Mais puisque cette AG est aujourd’hui contestée, rien ne peut avancer tant que les textes ne sont pas validés. Je ne peux donc pas annoncer un retrait ou désigner un successeur tant que le cadre légal n’est pas stabilisé. Et en plus je dois choisir la bonne personne pour me succéder…
Cela signifie que vous ne l’avez pas encore fait ?
Je ne peux pas le faire tant que les textes ne sont pas validés.
Mais avez-vous déjà un nom en tête ?
Vous pensez qu’après avoir dirigé pendant 40 ans, je n’ai pas une idée de qui peut me succéder ? Bien sûr que j’ai un nom. Vous pensez qu’après 40 ans, il n’y a pas, dans ce groupe, des collaborateurs capables de reprendre la direction ? Ce lien historique existe chez BGFIBank. Laissez-nous conduire cette transition avec responsabilité et sérénité. Notre priorité, c’est de garantir la stabilité et la pérennité de cette maison. Et nous y veillerons jusqu’au bout.
Vous êtes aussi PCA de la BVMAC. Ce cumul de fonctions est-il tenable ?
Vous parlez beaucoup d’incompatibilités. Mais parlons aussi de construction. Ce que j’ai bâti, ce que nous avons investi dans la BVMAC depuis 2007, quand personne n’y croyait. La banque, j’y suis depuis 1985. Quand vous montez des projets de cette ampleur, vous ne les abandonnez pas du jour au lendemain. La fonction de ministre, c’est un CDD. BGFI, c’est un CDI.
Vous pensez qu’après avoir dirigé pendant 40 ans, je n’ai pas une idée de qui peut me succéder ? Bien sûr que j’ai un nom. Vous pensez qu’après 40 ans, il n’y a pas, dans ce groupe, des collaborateurs capables de reprendre la direction ? Ce lien historique existe chez BGFIBank.
Je privilégie le CDI. Je privilégie l’histoire et la mémoire. C’est la même chose pour la BVMAC. Nous voulons qu’elle reste forte, qu’elle continue à croître. Ce n’est pas notre objectif de tout bouleverser. Ce que nous voulons, c’est que la transition se fasse dans la sérénité, avec méthode, et dans le respect de ce que nous avons construit.
Cela fait trois mois que vous êtes ministre. Le gouvernement a lancé un plan de 10 000 milliards FCFA sur 7 ans pour atteindre une croissance à deux chiffres. Où allez-vous trouver les financements ?
Il ne s’agit pas de mon plan, mais de celui du chef de l’État. C’est lui qui l’a présenté aux Gabonais. Nous sommes chargés de le mettre en œuvre. Ce plan a été évalué à 10 000 milliards FCFA.
Vous parlez beaucoup d’incompatibilités. Mais parlons aussi de construction. Ce que nous avons investi dans la BVMAC depuis 2007, quand personne n’y croyait. La banque, j’y suis depuis 1985… La fonction de ministre, c’est un CDD. BGFI, c’est un CDI. Je privilégie le CDI. Je privilégie l’histoire et la mémoire. C’est la même chose pour la BVMAC.
Nous travaillons dessus, et je vous en dirai plus en temps voulu.
Le Gabon a été dégradé par les agences de notation. Cela ne rend-il pas le financement du plan plus difficile ?
La signature du Gabon n’est pas érodée. Nous avons des partenaires bilatéraux et multilatéraux qui nous font confiance, contrairement à ce que les agences peuvent prétendre. Si nous acceptions tout ce qui nous est proposé, nous pourrions financer notre économie. Ce qui m’inquiète, c’est la structuration de ces financements. Le moment venu, je vous en dirai plus.
Vous avez évoqué les bailleurs de fonds, dont le FMI. Où en sont les discussions avec cette institution ?
Avec le FMI, notre approche est d’abord de construire notre programme interne avant d’envisager un programme avec eux.
C’est-à-dire ?
Le FMI attend généralement d’un pays une gestion rigoureuse des finances publiques, des comptes équilibrés et une trajectoire budgétaire crédible. En tant que banquiers, nous savons ce que cela implique. C’est pourquoi nous avons d’abord engagé un travail interne, en agissant sur les recettes, puis en rationalisant les dépenses. Notre priorité, aujourd’hui, c’est de restaurer les équilibres macroéconomiques par nous-mêmes. Le moment venu, si un accompagnement du FMI s’avère pertinent, il s’inscrira naturellement dans cette dynamique.
Un dernier mot pour les clients et actionnaires de BGFIBank ?
Je leur dis de continuer à nous faire confiance. C’est une maison ancienne, solide, avec des valeurs fortes : travail, responsabilité, intégrité. Notre ambition, c’est de bâtir un groupe africain pour le monde. Nous avons plus de 3 000 collaborateurs capables de gérer cette maison.
Je dis aux clients et actionnaires de BGFIBank de continuer à nous faire confiance… Nous avons plus de 3 000 collaborateurs capables de gérer cette maison. Je continuerai à accompagner ce travail, de là où je suis.
Je continuerai à accompagner ce travail, de là où je suis. Ces 40 années sont dans mon cœur. Je suis dans le leur. Ensemble, nous trouverons les dirigeants qu’il faut, et je suis convaincu que les choses se passeront dans les meilleures conditions. BGFIBank continuera d’accompagner le financement des économies africaines.

