Ce matin, Brice, un jeune Camerounais de 22 ans, s’est réveillé avec une excitation inhabituelle. Il avait prévu de télécharger un film tant attendu, enfin disponible en ligne. Il s'empresse de se connecter à son ordinateur, mais à sa grande surprise, une notification inattendue apparaît sur l'écran : "Restricted", en rouge vif, remplaçant le traditionnel "Welcome". Serge ne comprend pas tout de suite ce que cela signifie, mais rapidement, il constate que sa connexion internet est coupée.
Comme lui, de nombreux utilisateurs au Cameroun font face à une interruption soudaine de l'accès à internet par satellite via les services Starlink, fournis par l’entreprise américaine SpaceX, appartenant au milliardaire Elon Musk. Depuis quelques jours, ceux qui dépendaient de ce réseau pour leur accès à internet sont sans solution. À la place de la connexion habituelle, un message inquiétant apparaît : "Service disabled. Service for this Starlink is not active" ("Service désactivé. Le service pour ce Starlink n’est pas actif"). Sur un fond noir, encadré de rouge, l’image de l’antenne parabolique de SpaceX illustre ce message, signalant clairement que la connexion ne sera pas rétablie de sitôt.
Lire aussi : Internet : au Cameroun, le gouvernement exige la suspension des services Starlink
La situation est encore plus frustrante pour les abonnés. Sur la page de gestion de leur abonnement, un autre message restreint leur accès : « Votre service est limité et vous ne pouvez pas passer plus de 60 jours en itinérance en dehors du pays où vous avez acheté le service. Le service reprendra quand votre Starlink reviendra dans le pays correspondant à l’adresse de votre compte ». Cette restriction est le résultat d’une décision récente de SpaceX de suspendre l’accès à son service satellite au Cameroun. Une mesure qui intervient après plusieurs mois de mises en garde et d'avertissements de la part du gouvernement camerounais citant l'absence d'autorisation officielle, des préoccupations de sécurité nationale et la protection des opérateurs locaux comme principaux facteurs motivant cette restriction.
SpaceX, la société ne dispose pas des licences nécessaires pour opérer légalement au Cameroun et dans d’autres pays africains. Le ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel), sous la direction de Minette Libom Li Likeng, a réitéré que toutes les entreprises opérant dans le secteur des télécommunications doivent obtenir les licences appropriées pour garantir un marché équitable. Les opérateurs locaux tels que MTN, Orange et Camtel, le fournisseur public de télécommunications du Cameroun, sont déjà soumis à une réglementation stricte et à des taxes élevées. Le gouvernement entend ainsi protéger ces acteurs locaux face à la concurrence non régulée de Starlink.
Un service éphémère au Cameroun
A travers cette restriction, le service internet par satellite reste éphémère au Cameroun. Les opérateurs locaux continuent d’offrir des services d’internet par fibre optique malgré la qualité qui reste approximative. Sur les réseaux sociaux, les utilisateurs privés de Starlink expriment leur indignation tant à l’endroit des pouvoirs publics camerounais qu’auprès de l’homme d’affaires américain, à travers des post réclamant la régularisation d’internet par satellite sur le territoire.
Lire aussi : Internet : SpaceX annonce la suspension des services Starlink au Cameroun
Rappelons que la forte mobilisation des Camerounais vers ces services internet s’est davantage accentuée en mars dernier à la suite des perturbations d’internet causée par la rupture de la connectivité sur certains câbles sous-marins à fibres optiques de télécommunications (SAT 3, WACS et Main One) assurant l’accès du pays aux autoroutes mondiales de l’information. La dégradation de la fourniture d’internet survenue à cet effet avait affecté environ 12,7 millions d’utilisateurs et impacté les services bancaires, e-commerce, transfert et retrait d’argent, services de transports, services publics digitalisés, etc., avec des pertes journalières estimées à près d’un milliard de Fcfa, selon des experts.

