Le Cameroun affine le montage de son premier financement souverain indexé sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Selon des informations obtenues par EcoMatin, l'État prépare un emprunt de 690 millions de dollars (414 milliards de FCFA), structuré sur 15 ans, dont cinq années de différé d'amortissement, avec le soutien d'un mécanisme de garantie associant trois institutions financières africaines. L'opération, destinée à financer des projets d'infrastructures répondant aux objectifs du Cadre de financement durable du Cameroun, constitue l'une des transactions souveraines les plus sophistiquées jamais montées par le pays.
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La structuration de l'opération a été confiée à Matha Capital, qui intervient comme arrangeur unique. La banque d'affaires panafricaine, fondée en 2007 et dirigée par le Camerounais Jean-Paul Ndjemba, est chargée de coordonner la syndication du prêt auprès d'un consortium de banques internationales. Son rôle consiste à structurer le financement, mobiliser les prêteurs et négocier les conditions financières de l’opération. Dans l’attente du décaissement effectif de ce financement de long terme, le Cameroun prévoit également de mobiliser un prêt relais de 200 millions d’euros, soit environ 131 milliards de FCFA. Cette facilité transitoire, d’une maturité indicative de trois mois, doit permettre au Trésor de couvrir ses besoins immédiats de liquidité. Elle sera remboursée dès la mise à disposition du prêt ESG principal, selon le schéma envisagé par les autorités.
Une garantie pour réduire le coût de la dette
L'une des principales innovations du montage réside dans son dispositif de garantie. Le financement bénéficie d'un mécanisme de rehaussement de crédit réunissant la Banque africaine de développement (BAD), ATIDI (Assurance pour le développement du commerce et de l'investissement en Afrique) et Africa Finance Corporation (AFC).
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Ce dispositif vise à réduire le risque supporté par les banques prêteuses. En couvrant une partie du risque souverain, ces institutions permettent au Cameroun d'obtenir une maturité longue (15 ans, dont cinq ans de grâce) ainsi que des conditions financières plus favorables que celles auxquelles le pays pourrait accéder sur les marchés internationaux sans garantie. Selon une source proche du dossier, cette architecture financière doit également permettre de limiter le coût du financement tout en offrant au Trésor une plus grande flexibilité budgétaire pendant la phase de mise en œuvre des projets financés.
Des fonds réservés aux projets durables
Les ressources mobilisées seront exclusivement affectées à des investissements conformes au Cadre de financement durable adopté par le Cameroun. Le volet environnemental financera notamment des projets de transition énergétique, de mobilité durable et de préservation de la biodiversité du bassin du Congo. Les investissements sociaux porteront sur le désenclavement des territoires, l'accès à l'eau potable ainsi que le renforcement des infrastructures sanitaires. Enfin, le pilier consacré à la gouvernance prévoit un suivi renforcé de l'exécution des projets, avec des exigences accrues en matière de transparence et d'évaluation des performances.
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En recourant à un financement adossé à des critères ESG et garanti par plusieurs institutions financières africaines, Yaoundé cherche à diversifier ses sources de financement tout en élargissant sa base d'investisseurs vers les acteurs spécialisés dans la finance durable.

