La Banque africaine de développement va monter significativement au capital d'African Trade & Investment Development Insurance (ATIDI), l'assureur panafricain spécialisé dans la couverture des risques politiques et commerciaux. L'annonce a été faite ce mardi 26 mai par le président de la BAD, Sidi Ould Tah, lors des Assemblées annuelles de l'institution à Brazzaville.
« Le conseil d’administration de la BAD vient d’approuver l’augmentation de sa participation au capital d’ATIDI », a-t-il déclaré, estimant que cette opération permettra à l’Afrique de « renforcer ses capacités de partage des risques » afin d’attirer davantage de capitaux étrangers. Le montant de cette montée au capital n’a pas été dévoilé. Mais selon une source proche du dossier, la participation de la BAD devrait dépasser 12 %, contre environ 3,3 % fin 2024, faisant de la banque le premier actionnaire individuel de l'assureur, dont le capital total atteignait 457,4 millions de dollars fin 2024.
Cette opération s’inscrit dans la stratégie plus large de la BAD visant à bâtir une « Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) » destinée à mieux canaliser l’épargne du continent vers les investissements productifs. Devant plusieurs chefs d’État et ministres africains, Sidi Ould Tah a défendu un diagnostic sévère du financement du continent. « Aujourd’hui, l’Afrique paie son capital plus cher non pas parce que les capitaux sont plus élevés en Afrique, mais parce qu’ils sont mal compris, mal perçus », a-t-il affirmé.
Réduire la perception du risque africain
L’ATIDI basée à Nairobi fournit des garanties contre les risques politiques, les défauts souverains, les risques de convertibilité monétaire ou encore les risques de paiement, permettant ainsi de réduire les primes de risque exigées sur les projets africains. Dans son plaidoyer, Sidi Ould Tah a dénoncé les « primes de risque excessives » payées par le continent malgré ses ressources financières. Selon lui, l’Afrique dispose de près de 4 000 milliards USD d’épargne et d’actifs domestiques mais peine encore à transformer ses projets en investissements « bancables ».
Pour la BAD, le renforcement du capital d’ATIDI vise désormais à accroître les capacités africaines de mutualisation du risque, dans un contexte où de nombreux projets restent pénalisés par des coûts de financement élevés. « Trop de projets en Afrique n’atteignent pas la bancabilité ; seul un projet sur dix atteint le bouclage financier », a regretté Sidi Ould Tah.
Au-delà de la question du financement, le président de la BAD a présenté cette montée au capital comme un enjeu de souveraineté économique africaine. « La souveraineté de l’Afrique ne se décrétera pas ; elle se construira à travers des marchés plus solides et une meilleure coordination des capitaux », a-t-il déclaré. L’institution panafricaine veut notamment réduire la dépendance du continent à l’aide extérieure et aux mécanismes traditionnels de financement concessionnel, alors que les contraintes budgétaires et l’endettement limitent de plus en plus les capacités d’investissement des États africains.












