La Banque des États de l'Afrique centrale prépare des règles pour obliger les banques de la région à réduire leurs achats de dette publique et à financer davantage les entreprises, a déclaré lundi son gouverneur, Yvon Sana Bangui. Un groupe de travail rendra d'ici décembre des conclusions visant à imposer aux banques « certains ratios » pour souscrire aux titres publics, « mais également financer l'économie réelle », a-t-il indiqué devant la presse à Yaoundé, à l'issue du Comité de politique monétaire. « Au niveau des agents économiques, nous avons encore des taux d'intérêt extrêmement élevés car la liquidité est systématiquement orientée sur la dette publique ce qui crée un effet d’éviction».
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L'encours des bons et obligations du Trésor émis par les six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale atteignait 10 020,5 milliards de FCFA (15,3 milliards d'euros) à fin mai 2026, selon la BEAC, contre environ 6 000 milliards trois ans plus tôt et un peu plus de 1 000 milliards en 2018. Le Gabon est le premier émetteur, avec 3 104,3 milliards de FCFA, devant le Congo (2 966,2 milliards) et le Cameroun (1 972,1 milliards). À eux deux, le Gabon et le Congo concentrent près de 61 % de l’encours.
Une dette "sans risque"
Les banques sont les principales détentrices de ces titres. Pour elles, les titres publics sont presque aussi rentables que les crédits aux entreprises, sans en avoir les contraintes. En juillet, les obligations du Trésor de la région rapportaient en moyenne 10,60 %, selon les données de la BEAC, et jusqu'à 11,90 % pour le Tchad et 11,73 % pour le Congo. Au quatrième trimestre 2025, le taux effectif global moyen facturé aux petites et moyennes entreprises était de 11,34 %. Or la réglementation bancaire régionale attribue une pondération de risque nulle à la dette des États ce qui signifie que les banques n'ont pas à mobiliser de fonds propres pour la détenir.
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« Les banques sont exposées au risque souverain, mais c'est aussi là qu'elles tirent de gros profits, car c'est sans risque », a déclaré Yvon Sana Bangui. Le Fonds monétaire international alerte depuis plusieurs années sur cette dépendance. L'exposition totale des banques de la CEMAC aux États est passée d'environ 10 % de leurs actifs fin 2015 à près de 31 % fin 2023, et plusieurs établissements dépassent 50 %, selon le Fonds. En 2024, le FMI estimait que moins d'un tiers des banques de la région respectaient l'ensemble des exigences prudentielles, et recommandait d'abandonner progressivement la pondération de risque nulle.
Déficit en hausse, croissance au ralenti
Le coût de la dette monte pourtant pour les États. Le coût moyen des ressources levées sur le marché régional est passé de 4,72 % en juin 2018 à 8,53 % en juillet 2026, selon la BEAC. Mais les programmes d'émission transmis à la banque central prévoient plus de 4 000 milliards de FCFA de levées en 2026, principalement pour financer les déficits budgétaires qui, cumulés, devraient atteindre 3,3 % du produit intérieur brut en 2026. Le gouverneur a déploré que les États n'aient pas mis en œuvre la consolidation budgétaire à laquelle ils s'étaient engagés, rappelant que le déficit budgétaire alimente le déficit extérieur et pèse sur les réserves de change.
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La croissance économique, elle, ralentit à 3 % cette année, contre 3,7 % en 2025, selon les dernières prévisions de la banque centrale. La région reste enfermée dans une croissance « atone autour de 3 % », « bien en deçà » de son potentiel, a estimé Yvon Sana Bangui, en appelant les États à « passer à l'action » sur les réformes structurelles. Les conclusions du groupe de travail seront présentées au Comité de politique monétaire, dont la dernière session de l'année est prévue en décembre.














