Dans ses Perspectives économiques 2026, la Banque africaine de développement (BAD) cite la construction d'une usine régionale d'engrais parmi les actions qu'elle pourrait engager à moyen et long terme en Afrique centrale. L'objectif est de réduire la dépendance des pays de la sous-région aux approvisionnements extérieurs, ainsi que l'exposition de l'agriculture aux chocs internationaux ; en particulier le blocage du détroit d'Ormuz lié à la crise au Moyen-Orient.
Sans donner davantage de détails, la BAD indique tout de même, que cette future usine s'inspirerait du projet de grande usine d'engrais actuellement développé en Éthiopie avec l'appui du groupe Dangote. Addis-Abeba et Dangote ont en effet engagé, en octobre 2025, les travaux de construction d'un complexe d'urée d'une capacité annuelle de traitement de 3 millions de tonnes, pour un investissement de 2,5 milliards de dollars (environ 1 429,38 milliards de FCFA). Une fois achevé, ce géant industriel devrait se substituer à une partie des importations éthiopiennes (1 milliard de dollars par an) et faire du pays un fournisseur régional.
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Pour souligner l'importance du projet, le document publié par l'institution financière indique que les importations d'engrais représentent une part significative des dépenses globales d'importations alimentaires en Afrique centrale, s'élevant à 28 % des importations au Cameroun, dont 40 % proviennent du Moyen-Orient. En 2025, le pays a importé 227 372 tonnes d'engrais pour 65,2 milliards de FCFA, en hausse de 5 % par rapport à l'année précédente, selon les dernières données de l'Institut national de la statistique (INS). Entre 2021 et 2024, la facture cumulée avait atteint 236,1 milliards de FCFA, avec une croissance moyenne de 9 % d'une année sur l'autre. Une facture qui devrait encore s'alourdir à mesure que la persistance du conflit israélo-palestinien continue d'alimenter les risques pesant sur les approvisionnements en engrais.
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Le Comité technique du Cadre harmonisé (CTCH) identifiait, en mai 2026, la hausse des coûts de l'urée et des engrais NPK parmi les principaux canaux de transmission du choc de cette crise sur la sécurité alimentaire en Afrique de l'Ouest, au Sahel et au Cameroun. Une situation que le Cameroun avait déjà connue lors de la guerre russo-ukrainienne. Selon le ministère de l'Agriculture et du Développement rural (MINADER), ce conflit impliquant la Russie — qui fournissait 43 % des engrais importés au Cameroun en 2020 - avait provoqué des tensions sur les disponibilités et une forte hausse des prix. Le sac d'engrais de 50 kg, vendu autour de 18 000 FCFA un an auparavant, atteignait 35 000 FCFA en mai 2022. L'urée dépassait, elle, 40 000 FCFA dans certaines villes du Nord, contre environ 17 000 FCFA auparavant.
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Il convient de rappeler que le projet d'une unité industrielle régionale de production d'engrais n'est pourtant pas nouveau en Afrique centrale. Il avait été évoqué pour la première fois en 2009, lorsque le Programme économique régional de la CEMAC envisageait des unités pétrochimiques capables de produire 500 000 tonnes d'engrais par an, à partir du gaz gabonais et des ressources de potasse et de phosphate congolaises. Le projet devait contribuer à réduire la dépendance de la sous-région aux importations. Quinze ans plus tard, le sujet a été relancé à Yaoundé lors d'un webinaire organisé en décembre 2024 par la Commission économique pour l'Afrique (CEA), qui a appelé à développer une chaîne de valeur régionale des engrais.
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