Le Gabon, l’un des trois producteurs d’or noir de la Cemac membres de l’OPEP, prévoit de se priver de certaines recettes pétrolières, moteur de son économie, afin d’attirer de nouveaux investisseurs et freiner le déclin de sa production. La stratégie gouvernementale, dévoilée le 1er octobre 2025 à Cape Town (Afrique du Sud) lors de l’Africa Energy Week, inclut une révision du Code pétrolier de 2019, loi en vigueur qui régule le secteur. « Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, Libreville veut attirer les investisseurs et reconstituer ses réserves, tout en garantissant un cadre d’investissement stable, transparent et compétitif », a déclaré le ministre du Pétrole et du Gaz, Sosthène Nguema Nguema.
Cette nouvelle orientation repose sur trois axes. Selon le dirigeant, Libreville va supprimer les bonus de signature pour les projets en offshore profond et très profond, une mesure destinée à réduire les barrières financières pour les opérateurs. Il prévoit également la mise en place d’une fiscalité adaptée au risque, afin de prendre en compte les coûts élevés et l’incertitude technique des forages en eaux profondes. Enfin, le gouvernement a engagé une révision du Code des hydrocarbures pour séparer le pétrole et le gaz, avec l’ambition de créer un code gazier spécifique, mieux aligné sur les standards internationaux et les contraintes technologiques de l’industrie.
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Les implications sont notables. En renonçant aux bonus de signature, jusque-là exigés lors de la conclusion des contrats et définis par l’article 206 du Code de 2019, l’État se prive de recettes immédiates qui alimentaient directement le Trésor public. Ces primes pouvaient représenter plusieurs millions de dollars par contrat et constituaient une manne ponctuelle dans les recettes pétrolières. En contrepartie, le gouvernement espère attirer davantage de majors internationales. À cet effet Sosthène Nguema Nguema a mis en exergue les discussions avancées avec ExxonMobil et les négociations ouvertes avec TotalEnergies, confirmant la volonté de Libreville de repositionner le pays comme un acteur crédible dans l’exploration offshore africaine.
Le rappel historique met en évidence l’ampleur du défi. La production pétrolière gabonaise, qui culminait à environ 370 000 barils/jour en 1997, selon les rapports sectoriels de l’époque, s’est établie autour de 228 000 barils/jour en août 2025, soit une baisse de près de 40 % en un peu moins de trois décennies. Malgré cette érosion, le pétrole reste la principale ressource du pays, représentant environ 38 % du PIB en 2024, devant le manganèse qui contribue à près de 25 %. Les hydrocarbures assurent aussi plus de 45 % des recettes budgétaires, dont une partie provenait des primes et bonus contractuels désormais appelés à disparaître. Le pari de Libreville est clair : sacrifier certaines recettes immédiates pour relancer les investissements, reconstituer ses réserves et stabiliser à moyen terme sa production, tout en s’imposant comme un cadre d’investissement plus compétitif en Afrique centrale.
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